• À M. DAVID, STATUAIRE

    À M. DAVID, STATUAIRE................

      Le talent rampe et meurt s’il n’a des ailes d’or.
    GILBERT.

     

    Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique, n’est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse humaine !

     

    Non, l’amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du cœur, n’est point cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l’innocence !

     

    Non, la gloire, noblesse dont les armoiries ne se vendirent jamais, n’est pas la savonnette à vilain qui s’achète, au prix du tarif, dans la boutique d’un journaliste !

     

    Et j’ai prié, et j’ai aimé, et j’ai chanté, poète pauvre et souffrant ! Et c’est en vain que mon cœur déborde de foi, d’amour et de génie !

     

    C’est que je naquis aiglon avorté ! L’œuf de mes destinées, que n’ont point couvé les chaudes ailes de la prospérité, est aussi creux, aussi vide que la noix dorée de l’Égyptien.

     

    Ah ! l’homme, dis-le-moi, si tu le sais, l’homme, frêle jouet, gambadant suspendu aux fils des passions, ne serait-il qu’un pantin qu’use la vie et que brise la mort ?

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • SONNET

    SONNET.............

    À la Reine des Français


    Ma muse languissait, triste, inconnue à tous,
    Cachant des pleurs amers parmi sa manteline ;
    Soudain elle reprend crayon et mandoline.
    Muse, quel ange donc s’est assis entre nous ?
     
    Madame, il est un ange, au front riant et doux,
    Ange consolateur qui, dès l’aube, s’incline
    Vers les mortels souffrants, la veuve et l’orpheline,
    L’enfant et le vieillard, — et cet ange, c’est vous !
     
    Votre nom soit béni ! Ce cri qui part de l’âme,
    Ne le dédaignez point de ma bouche, Madame !
    Un nom glorifié vaut-il un nom béni ?
     
    Oh ! je vous chante un hymne avec joie et courage,
    Comme l’oiseau mouillé par le nocturne orage
    Chante un hymne au soleil qui le sèche en son nid.
     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LES DEUX JUIFS

    LES DEUX JUIFS..........    

                        Vieux époux
                        Vieux jaloux,
                        Tirez tous
                        Les verrous.
      Vieille chanson.

     

    Deux juifs, qui s’étaient arrêtés sous ma fenêtre, comptaient mystérieusement au bout de leurs doigts les heures trop lentes de la nuit.

     

    « Avez-vous de l’argent, Rabbi ? demanda le plus jeune au plus vieux. — Cette bourse, répondit l’autre, n’est point un grelot. »

     

    Mais alors une troupe de gens se rua avec vacarme des bouges du voisinage ; et des cris éclatèrent sur mes vitraux comme les dragées d’une sarbacane.

     

    C’étaient des turlupins qui couraient joyeusement vers la place du Marché, d’où le vent chassait des étincelles de paille et une odeur de roussi.

     

    « Ohé ! Ohé ! Lanturelu ! — Ma révérence à Madame la lune ! — Par ici, la cagoule du diable ! Deux juifs dehors pendant le couvre-feu ! — Assomme ! assomme ! aux juifs le jour, aux truands la nuit !

     

    Et les cloches fêlées carillonnaient là-haut dans les tours de Saint-Eustache le gothique : — « Dindon, dindon, dormez-donc, dindon ! »

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L’IMAGE

    L’IMAGE.............. 

    Pauvre faune qui va mourir
    Reflète-moi dans tes prunelles
    Et fais danser mon souvenir
    Entre les ombres éternelles.
     
    Va, et dis à ces morts pensifs
    À qui mes jeux auraient su plaire
    Que je rêve d’eux sous les ifs
    Où je passe petite et claire.
     
    Tu leur diras l’air de mon front
    Et ses bandelettes de laine,
    Ma bouche étroite et mes doigts ronds
    Qui sentent l’herbe et le troène,
     
    Tu diras mes gestes légers
    Qui se déplacent comme l’ombre
    Que balancent dans les vergers
    Les feuilles vives et sans nombre.
     
    Tu leur diras que j’ai souvent
    Les paupières lasses et lentes,
    Qu’au soir je danse et que le vent
    Dérange ma robe traînante.
     
    Tu leur diras que je m’endors
    Mes bras nus pliés sous ma tête,
    Que ma chair est comme de l’or
    Autour des veines violettes.
     
    — Dis-leur comme ils sont doux à voir
    Mes cheveux bleus comme des prunes,
    Mes pieds pareils à des miroirs
    Et mes deux yeux couleur de lune,
     
    Et dis-leur que dans les soirs lourds,
    Couchée au bord frais des fontaines,
    J’eus le désir de leurs amours
    Et j’ai pressé leurs ombres vaines...
     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • IN MORTE VITA

    IN MORTE VITA............

    La maîtresse du soldat
          C’est la mort.
    Pour qu’il lui soit infidèle
          Venez femmes.
    Entourez de vos [bras] blancs
          Le drap dur
    Qui l’habille en couleurs franches
          Pour se battre.
    Baisez sa bouche et ses yeux
          Mais en vain ;
    Il oubliera vos caresses
          Car il pense
    Que sa maîtresse à jamais
          C’est la mort.
     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • STANCES SUR LE CUL DE MADAME ***

    STANCES SUR LE CUL DE MADAME ***........Paul Scarron (1610-1660)...

    On ne vous verra plus en posture de Pie
              Dans le Cercle assoupie :
    Au grand plaisir de tous et de votre jarret,
    Votre Cul, qui doit être un des beaux Culs de France,
              Comme un Cul d’importance,
    A reçu chez la Reine enfin le Tabouret.
     
    Comme on connaît souvent une chose par l’autre,
              D’un Cul comme le vôtre
    J’ai connu le destin, voyant votre beau Nez ;
    Et sans être Devin, j’ai prédit que, sans doute,
              Ce Cul qui ne voit goutte
    Serait vu dans le rang de nos Culs couronnés.
     
    Notre Reine, Princesse aussi juste que sage,
              N’a pu voir davantage
    Un Cul plein de mérite et très homme de bien,
    Tandis que d’autres Culs sont assis à leur aise
              Au côté de sa Chaise,
    Debout ou mal assis comme un Cul bon à rien.
     
    Ce Cul de satin blanc, dont sans doute la face
              Ne fit jamais grimace,
    Devait assurément être un Cul Duc et Pair ;
    Car qu’aurait-on pensé de ce qu’un Cul si sage,
              Qui vaut bien un Visage,
    N’eût pas eu, chez la Reine, où reposer sa chair ?
     
    Que les Hommes n’ont pas pareille Destinée !
              Et que vous êtes née
    Sous un Astre puissant et favorable aux Culs !
    Tandis que le vôtre est, près de ceux des Princesses,
              Assis sur ses deux Fesses,
    Le nôtre n’est assis que sur deux os pointus.
     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Télécharger 

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Télécharger 

    Google Bookmarks

    votre commentaire