• EUGÉNIE DE GUÉRIN

     

    Et toi, je t’aime aussi, vaillante et noble fille,
    Dont un vent de province effeuilla tous les jours,
    Toi qui, dans un désert, ange de ta famille,
    Vécus obscurément sans joie et sans amours.
     
    Tu veillais au repas, devant l’âtre qui brille ;
    Aux plus pauvres que toi tu portais un secours ;
    Puis la plume courait, la plume après l’aiguille,
    Pour que les soirs d’hiver fussent un peu plus courts.
     
    Tu songeais à ton frère, ô belle âme chrétienne,
    À ce frère adoré que Paris t’avait pris ;
    Tu souhaitais la gloire à ses jeunes écrits :
     
    Ô Dieu bon, disais-tu, permettez qu’il l’obtienne !
    Qui t’aurait dit alors que sa gloire à Paris
            S’effacerait devant la tienne !
     

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  • BOILEAU

    BOILEAU........Joseph Autran (1813-1877)

    Bonjour, Despréaux ! je prends ton volume
    Illustré de grec et de vieux latin.
    Tes vers sont forgés sur la bonne enclume,
    Et jamais le sens n’y reste incertain.
     
    Notre art poétique, encor dans la brume,
    Se régla sur toi, maître un peu hautain,
    Et contre les sots tu lanças ta plume,
    Flèche que Pradon passait à Cottin.
     
    C’est égal, mon cher, cette poésie
    Manque de couleur et de fantaisie ;
    On respire mal sur ton Hélicon.
     
    Laissant là ton fouet, instrument barbare,
    Je voudrais te voir, sous quelque balcon,
    Une fois au moins prendre la guitare !
     

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  • LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS

    LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS

     
    La Discorde a toujours régné dans l’univers ;
    Notre monde en fournit mille exemples divers :
    Chez nous cette Déesse a plus d’un tributaire.
                  Commençons par les éléments :
    Vous serez étonnés de voir qu’à tous moments
                  Ils seront appointés contraire.
                  Outre ces quatre potentats,
                  Combien d’êtres de tous états
                  Se font une guerre éternelle ?
    Autrefois un logis plein de Chiens et de Chats,
    Par cent arrêts rendus en forme solennelle,
                  Vit terminer tous leurs débats.
    Le Maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas,
    Et menacé du fouet quiconque aurait querelle,
    Ces animaux vivaient entre eux comme cousins ;
    Cette union si douce, et presque fraternelle,
                  Édifiait tous les voisins.
    Enfin elle cessa. Quelque plat de potage,
    Quelque os, par préférence, à quelqu’un d’eux donné,
    Fit que l’autre parti s’en vint tout forcené
                  Représenter un tel outrage.
    J’ai vu des chroniqueurs attribuer le cas
    Aux passe-droits qu’avait une Chienne en gésine.
                  Quoi qu’il en soit, cet altercas
    Mit en combustion la salle et la cuisine ;
    Chacun se déclara pour son Chat, pour son Chien.
    On fit un règlement dont les Chats se plaignirent,
                  Et tout le quartier étourdirent.
    Leur Avocat disait qu’il fallait bel et bien
    Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent.
    Dans un recoin où d’abord leurs Agents les cachèrent,
                  Les souris enfin les mangèrent.
    Autre procès nouveau : le peuple Souriquois
    En pâtit. Maint vieux Chat, fin, subtil, et narquois,
    Et d’ailleurs en voulant à toute cette race,
                  Les guetta, les prit, fit main basse.
    Le Maître du logis ne s’en trouva que mieux.
    J’en reviens à mon dire. On ne voit sous les cieux
    Nul animal, nul être, aucune créature,
    Qui n’ait son opposé ; c’est la loi de Nature.
    D’en chercher la raison, ce sont soins superflus.
    Dieu fit bien ce qu’il fit, et je n’en sais pas plus.
          Ce que je sais, c’est qu’aux grosses paroles
    On en vient sur un rien plus de trois quarts du temps.
    Humains, il vous faudrait encore à soixante ans
                  Renvoyer chez les Barbacoles.
     

     

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  • LE FOU QUI VEND LA SAGESSE

     

    Jamais auprès des fous ne te mets à portée :
    Je ne te puis donner un plus sage conseil.
              Il n’est enseignement pareil
    À celui-là de fuir une tête éventée.
              On en voit souvent dans les cours :
    Le Prince y prend plaisir ; car ils donnent toujours
    Quelque trait aux fripons, aux sots, aux ridicules.
     
    Un Fol allait criant par tous les carrefours
    Qu’il vendait la sagesse ; et les mortels crédules
    De courir à l’achat : chacun fut diligent.
              On essuyait force grimaces ;
              Puis on avait pour son argent
    Avec un bon soufflet un fil long de deux brasses.
    La plupart s’en fâchaient ; mais que leur servait-il ?
    C’étaient les plus moqués ; le mieux était de rire,
              Ou de s’en aller, sans rien dire,
              Avec son soufflet et son fil.
              De chercher du sens à la chose,
    On se fût fait siffler ainsi qu’un ignorant.
              La raison est-elle garant
    De ce que fait un fou ? Le hasard est la cause
    De tout ce qui se passe en un cerveau blessé.
    Du fil et du soufflet pourtant embarrassé,
    Un des dupes un jour alla trouver un sage,
              Qui, sans hésiter davantage,
    Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout purs.
    Les gens bien conseillés, et qui voudront bien faire,
    Entre eux et les gens fous mettront pour l’ordinaire
    La longueur de ce fil ; sinon je les tiens sûrs
              De quelque semblable caresse.
    Vous n’êtes point trompé : ce Fou vend la sagesse.
     

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  • LE LION DEVENU VIEUX

    LE LION DEVENU VIEUX...........Jean.La Fontaine (1621-1695)..

            Le Lion, terreur des forêts,
    Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
    Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
            Devenus forts par sa faiblesse.
    Le Cheval s’approchant lui donne un coup de pied ;
    Le Loup un coup de dent, le Bœuf un coup de corne.
    Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
    Peut à peine rugir, par l’âge estropié.
    Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes ;
    Quand voyant l’Âne même à son antre accourir :
    Ah ! c’est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
    Mais c’est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.
     

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  • LE CHIEN QUI PORTE À SON COU LE DÎNER DE SON MAÎTRE

    LE CHIEN QUI PORTE À SON COU LE DÎNER DE SON MAÎTRE.......La Fontaine (1621-1695)..

    Nous n’avons pas les yeux à l’épreuve des belles,
                Ni les mains à celle de l’or :
                Peu de gens gardent un trésor
                Avec des soins assez fidèles.
    Certain Chien, qui portait la pitance au logis,
    S’était fait un collier du dîner de son maître.
    Il était tempérant plus qu’il n’eût voulu l’être
                Quand il voyait un mets exquis :
    Mais enfin il l’était et tous tant que nous sommes
    Nous nous laissons tenter à l’approche des biens.
    Chose étrange ! on apprend la tempérance aux chiens,
                Et l’on ne peut l’apprendre aux hommes.
    Ce Chien-ci donc étant de la sorte atourné,
    Un Mâtin passe, et veut lui prendre le dîner.
                Il n’en eut pas toute la joie
    Qu’il espérait d’abord : le Chien mit bas la proie,
    Pour la défendre mieux n’en étant plus chargé.
                Grand combat : D’autres Chiens arrivent ;
                Ils étaient de ceux-là qui vivent
          Sur le public, et craignent peu les coups.
    Notre Chien se voyant trop faible contre eux tous,
    Et que la chair courait un danger manifeste,
    Voulut avoir sa part. Et lui sage, il leur dit :
    Point de courroux, Messieurs, mon lopin me suffit :
                Faites votre profit du reste.
    À ces mots le premier il vous happe un morceau.
    Et chacun de tirer, le Mâtin, la canaille ;
          À qui mieux mieux ; ils firent tous ripaille ;
                Chacun d’eux eut part au gâteau.
     
    Je crois voir en ceci l’image d’une ville,
    Où l’on met les deniers à la merci des gens.
                Échevins, prévôt des marchands,
                Tout fait sa main : le plus habile
    Donne aux autres l’exemple. Et c’est un passe-temps
    De leur voir nettoyer un monceau de pistoles.
    Si quelque scrupuleux par des raisons frivoles
    Veut défendre l’argent, et dit le moindre mot,
                On lui fait voir qu’il est un sot.
                Il n’a pas de peine à se rendre :
                C’est bientôt le premier à prendre.
     

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