• LA GRANDE IRMA

      

    Ô Maman, ma Maman jolie,
    nous nous sommes bien promenés
    ce Dimanche de permission....
     
    C’est bientôt l’heure du dîner,
    voici quelques gouttes de pluie...
    mon casoar sera mouillé,
    ses plumes seront défraîchies.
     
    Et vous, avec vos fins souliers
    découverts et vos bas à jour
    peu faits pour cette ignoble boue
    attraperez du mal, bien sûr.
     
    Ô Maman, ma Maman jolie,
    voulez-vous que nous rentrions ?
     
    Ô Maman ! Ces vieux beaux Messieurs
    rencontrés sur le boulevard,
    ces vieux, à tournure guerrière,
    à pantalons à la housard
    et à chapeaux badingueusards,
    qui vous tutoyaient, ma Maman !....
     
    Ces vieux baveux dont les regards
    semblaient perdus dans le coma,
    qui vous disaient : « Mais, mais, mais, mais
    mais... n’est-ce pas «la Grande Irma» ? »
     
    Et puis :
    « Mâtin ! Quoi ! C’est ton fils ?
    ce bambin blond connu jadis
    sous Mac-Mahon ou Gambetta !
    (Hum ! ça ne nous rajeunit guère !)
    Quel beau garçon ! Quell’ belle plante !
    Quel bel officier ça fera ! »
     
    « Alors, vous êtes à Saint-Cyr ?
    (ça me rappell’ des souvenirs !)
    Et comment va le pèr’ Système ?
    C’était le bon temps... Sacrédié !
    Continuez jeune homme, allez !
    Portez l’épaulette, c’est beau !
    Mission d’honneur... servir la Frrance !
    Le Drapeau ! Ah ! ah ! le Drapeau !
    C’est vous qui referez la guerre
    et nous rendrez nos deux provinces ! »
     
    « Tu as bien fait vois-tu ma chère
    d’en faire un vaillant militaire....
    Compliments, mordieu... compliments...
    De loin, à vous voir tous les deux,
    on aurait dit deux amoureux...
    Et toi vois-tu ma Grande Irma
    tu es plus belle que jama...s. »
     
    Maman ! J’aurais bien volontiers
    poussé mon épée-baïonnette
    dans le ventre à tous ces vieux beaux !
     
    Je n’en peux plus Maman jolie...
    Voulez-vous que nous rentrions ?
     
    Oh ! rentrons je vous en supplie,
    je suis malheureux, malheureux...
     
    Les magasins, les devantures,
    les passants, les trams, les voitures,
    ce tohu-bohu de Paris,
    ces trompes, ces essieux, ces cris...
    les becs, les signes lumineux,
    les kiosques, les autos, les arbres,
    les réclam’s, toutes ces réclames,
    dansent et tremblent dans mes larmes...
    (Un soldat ne doit pas pleurer !)
     
    Je titube et suis comme saoul....
    on dirait que j’ai coup sur coup
    avalé cinq ou six absinthes....
     
    Oh ! Maman qui ne voyez rien,
    que j’oscille et que je chancelle
    comme un arbre sous la cognée...
     
    Rentrons, rentrons, je vous en prie !
    Je vais défaillir de souffrance,
    je vais m’écrouler de chagrin.
     
    Quell’ peine je ressens, Maman !
    D’un seul coup ces vieux Assassins
    m’ont fait comprendre votre vie
    et tout... et tout... et le Passé !
     
    Ô Maman, frivole et jolie,
    (adorée pourtant, adorée),
    avec leurs paroles affreuses,
    ces vieux salauds m’ont égorgé !
     
    Ô Maman, rentrons voulez-vous ?
    Qu’avez-vous fait de votre fils ?
     
    Tenez, là-bas, le marchand d’ « Presse »
    qui piétine la boue épaisse
    et ne peut vendre ses journaux...
     
    le bagotier qui, haletant,
    suit le fiacre chargé de malles,
    dans l’espoir de quelque dix sous
    qui l’empêcheront de mourir !
     
    le chien qui a perdu son maître
    et qui crotté court éperdu,
    puis tourne, s’affole et aboie 
    en se perdant de plus en plus...
     
    la lugubre fille de joie
    par son visqueux amant battue...
    je ne sais quoi dire, ô Maman,
    tous ces tragiques de la Rue
    sont bien moins malheureux que moi,
    en ce moment, en ce moment.
     
    Dites, Maman, rentrons chez nous
    pour que je pleure tout mon soûl,
    des heures, des heures, des heures...
     
    jusqu’à demain, jusqu’à demain,
    en vous étreignant les genoux,
    en mettant dans vos belles mains,
    vos mains grasses et fuselées,
    mon front aux veines trop gonflées
     
    et mes yeux brûlés par les pleurs ;
     
    Et là je vous dirai, Maman :
    « Un enfant, n’est-ce pas, c’est cher ?
    Le lait, le pain, les vêtements,
    l’éducation, l’instruction,
    les soins, qui sait, les maladies ;
    vous avez dû pour tout cela
    n’est-ce pas, ma Maman jolie,
     
    payer de votre belle chair ?
     
    Si même à des heures horribles
    vous vous êtes déshabillée
    (mon Dieu !) et mise toute nue,
    et livrée au premier venu...
     
    c’est qu’alors il vous a fallu
    régler les mois de ma nourrice,
    m’acheter des petits souliers
    ou bien des joujoux à Noël !
     
    Pauvre sainte Maman jolie !
    (Je vous ai coûté vos pudeurs !)
    À l’idée de vot’ petit gas
    vous vous sentiez bien, n’est-ce pas,
    au-dessus du banal honneur ? »
     
    N’empêche, je me sens bien triste,
    j’ai la langue et la bouche amères,
    comme si j’avais par erreur
    mordu et mâché du poison.
     
    Désormais j’aurai ma chimère,
    et rêverai d’une Patrie
    où la Femme ne sera plus
    traquée, vendue, forcée, flétrie,
    à l’abri de nos trois couleurs.
     
    Ma Maman, n’ai-je pas raison ?
     
    Enfin je suis bien malheureux,
    j’aimerais mieux n’être point né
    et j’ai envie, combien envie,
    d’aller me jeter à la Seine
    comme un amant abandonné...
     
    « Fils de putain ! » me dira-t-on
    toute la vie... toute la vie...
     
    Ô Maman, je me meurs de peine,
    voulez-vous que nous rentrions ?

    ************


     
     

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  • CRÈVE-CŒUR

      

    Eun’ fois j’ai cru que j’ me mariais
    Par un matin d’amour et d’ Mai :
     
    Il l’tait Menuit quand j’ rêvais ça,
    Il l’tait Menuit, et j’ pionçais d’bout
    Pour m’ gourer d’ la lance et d’ la boue
    Dans l’encognur’ d’eun’ port’ cochère.
     
    (Hein quell’ santé !) — Voui j’ me mariais
    Par un matin d’amour et d’ Mai
    N’avec eun’ jeuness’ qui m’aimait,
    Qu’était pour moi tout seul ! ma chère !
     
    Et ça s’ brassait à la campagne,
    Loin des fortifs et loin d’ici,
    Dans la salade et dans l’ persil,
    Chez un bistrot qui f’sait ses magnes.
     
    Gn’y avait eun’ tablée qu’était grande
    Et su’ la nappe en damassé,
    Du pain ! du vin ! des fleurs ! d’ la viande !
    Bref, un gueul’ton à tout casser,
     
    Et autour, des parents ! d’ la soce !
    Des grouins d’ muffs ou d’ bons copains
    Baba d’ me voir tourné rupin,
    Contents tout d’ même d’êt’ à ma noce :
     
    Ma colombe, selon l’usage,
    Se les roulait dans la blancheur,
    Et ses quinz’ berg’s et sa fraîcheur
    F’saient rich’ment bien dans l’ paysage.
     
    Je r’vois ses airs de tourterelle,
    Ses joues pus bell’s que d’ la Montreuil
    Et ses magnèr’s de m’ fair’ de l’œil
    Comme eun’ personne naturelle,
     
    Ses mirett’s bleues comme un beau jour,
    Sa p’tit’ gueule en cœur framboisé
    Et ses nichons gonflés d’amour,
    Qu’étaient pas près d’êt’ épuisés,
     
    Et moi qu’ j’ai l’air d’un vieux corbeau,
    V’là qu’ j’étais comme un d’ la noblesse,
    Fringué à neuf, pétant d’ jeunesse...
    Ça peut pas s’ dir’ comm’ j’étais beau !
     
    Je r’vois l’ décor... la tab’ servie
    Ma femm’ ! la verdure et l’ ciel bleu,
    Un rêv’ comm’ ça, vrai, nom de Dieu !
    Ça d’vrait ben durer tout’ la vie.
     
    (Car j’étais tell’ment convaincu
    Que c’ que j’ raconte était vécu
    Que j’ me rapp’lais pus, l’ diab’ m’emporte,
    Que je l’ vivais sous eun’ grand porte ;
     
    Et j’ me rapp’lais pas davantage,
    Au cours de c’te fête azurée,
    D’avoir avant mon « mariage »
    Toujours moisi dans la purée.)
     
    (Les vieux carcans qui jamais s’ plaint
    Doiv’nt comm’ ça n’avoir des rêv’ries
    Ousqu’y caval’nt dans des prairies
    Comme au temps qu’y z’étaient poulains.)
     
    V’nait l’ soir, lampions, festin nouveau,
    Pis soûlé d’un bonheur immense
    Chacun y allait d’ sa romance,
    On gueulait comm’ des p’tits z’oiseaux !
     
    Enfin s’am’nait l’heur’ la pus tendre
    Après l’enlèv’ment en carriole,
    La minute ousque l’ pus mariolle
    Doit pas toujours savoir s’y prendre !
     
    Dans eun’ carrée sourde et fleurie,
    Dans l’ silence et la tapiss’rie,
    Près d’un beau plumard à dentelles
    Engageant à la... bagatelle,
     
    J’ prenais « ma femme ! » et j’ la serrais
    Pour l’ Enfin Seuls obligatoire
    Comm’ dans l’ chromo excitatoire
    Où deux poireaux se guign’nt de près...
     
    Près ! ah ! si près d’ ma p’tit’ borgeoise
    Que j’ crois que j’ flaire encor l’odeur
    De giroflée ou de framboise
    Qu’étaient les bouffées d’ sa pudeur.
     
    J’y jasais : « Bonsoir ma Pensée, 
    Mon lilas tremblant, mon lilas !
    Ma petite Moman rosée, 
    Te voilà, enfin ! Te voilà !
     
    « Quand j’étais seul, quand j’étais nu,
    Crevant, crevé, sans feu ni lieu,
    Loufoque, à cran, tafeur, pouilleux,
    Où étais-tu ? Que faisais-tu ?
     
    « Ah ! que d’ chagrins, que d’ jours mauvais
    Sans carl’, sans bécots, sans asile,
    Que d’ goujats cruels, d’imbéciles,
    Si tu savais, si tu savais...
     
    « Mais à présent tout ça est loin...
    Voici mon Cœur qui chante et pleure,
    Viens-t’en vite au dodo, ma Fleur !... »
    (Vrai c’est pas trop tôt qu’ j’aye un coin.)
     
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . 
     
    « Ohé l’ poivrot là, l’ sans probloque ?
    Vous feriez pas mieux d’ cravailler
    Au lieur d’êt’ là à roupiller ?
    Foutez-moi l’ camp ou... gar’ le bloc ! »
     
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . 
     
    Non tout’ ma vie j’ me rappell’rai
    La gueul’ de cochon malhonnête
    Qui s’ permettait d’ m’interpeller
    Pass’ que j’y bouchais sa sonnette.
     
    Alors, comm’ j’ le r’luquais d’ travers
    Il a sorti trois revolvers,
    Deux canifs et son trousseau d’ clefs !
    Et y s’a foutu à gueuler :
     
    « Au s’cours, à moi ! à l’aid’ ! Moman !
    On m’ ratiboise ! on m’ saigne, on m’ viole...
    Gn’y a pas d’ pet qu’y vienn’nt les z’agents,
    Pus souvent qu’on verrait leur fiole ! »
     
    Et moi qu’ j’allais p’têt’ arr’sauter
    Et créer un beau fait-divers...
    Mal réveillé d’ mon Song’ d’Été
    J’ me suis ensauvé dans l’Hiver.
     

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  • QUATRAINS À LA GLOIRE DU VIN MARIANI

      

    C’est du nanan, d’ la confiture,
    Mossieu Mariani, vot’ picton
    On s’en envoierait des bitures,
    On s’en f’rait pèter le bidon
     
    Ça vous r’gonfle un mec démoli ;
    Ça vous r’met su’ patt’s eun’ gonzesse.
    Ça réveill’rait des refroidis ;
    C’est pas un vin c’est d’ la jeunesse
     
    Moi qu j’ai passé par des purées
    Qui font d’un gas un carcan d’ nuit,
    Ça m’a tout à fait recalé
    Et à présent j’ai l’ poil qui r’luit.
     
    Aussi, sans trop vous commander
    J’ vourais cor en téter un verre
    Pour me saouler à vot’ santé....
     
    (Tout un chacun ess’ploit’ ses vers)
     

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  • LES MONTE-EN-L’AIR

    LES MONTE-EN-L’AIR

    (L’APPRENTI)


     
    — Vas-y Julot, vas-y vieux frère,
    faut m’ mett’ dedans c’te lourde-là ;
    la carouble a peut pas y faire,
    on va n’être encor chocolat !
     
    Magn’-toi magn’-toi, prends l’ suc de pomme,
    ya nib de pant’s dans le log’teau,
    y vienn’nt de call’ter en auto
    avec les lardons et la bonne.
     
    Quand qu’y rentiff’ront, minc’ de blair !
    Beuh !... c’est kif-kif el’ mêm’ méquier ;
    gn’en a les z’uns qu’il est banquiers
    et les aut’s qu’il est monte-en-l’air.
     
    Seul’ment, nous aut’s, on a pus d’ risques,
    tandis qu’euss aut’s, y z’ont pus d’ frais ;
    avant qu’y soyent bons pour êt’ faits,
    faut qu’y z’ayent raflé l’Obélisque....
     
    Stop !..... Un p’tit moment si you plaît ?
    Non : j’ croyais d’ n’avoir entendu
    que l’ môm’ Nu-Patt’s au bout d’ la rue
    nous balançait son coup d’ sifflet.
     
    Grouill’ Julot, c’est l’Hiver, les pègres 
    à la faridon sont ben maigres ;
    moi d’pis deux r’luits j’ai pus d’ tabac,
    mais tantôt ça s’ra la nouba.
     
    L’ monde est h’en deux compartiments :
    les poir’s sont à gauch’ de la boîte.
    Mon vieux..., faut toujours t’nir sa douâte
    et tout l’ rest’ c’est des boniments.
     
    À preuv’ que moi qu’ j’ai essploré
    de Cayenne à... Philadelphie,
    la Société d’ Géographie,
    a m’a seul’ment pas décoré !
     
    Qui d’main s’ra à la ribouldingue ?
    Qui jett’ra d’ l’huile aux pus huileux ?
    Qui n’aura l’ flac et l’ gros morlingue ?
    C’est les gas qu’il est pas frileux.
     
    Les gas d’altèqu’..., les rigolos,
    les pénars, les marl’s, les macaires,
    qu’ estim’nt qu’y sont pas su’ la Terre
    pour marner avec les boulots.
     
    Et qui mêm’, quand y pass’nt à planche,
    z’yeut’nt les chats-fourrés dans la poire,
    car c’est qu’ par marlouse et fortanche
    qu’y sont d’ l’aut’ côté du comptoir !
     
    Seul’ment vieux, laiss’ ça,... c’est rouillé,
    tu t’ mets pour peau d’ zèbe en quarante ;
    r’gard’ comment que j’ vas travailler....
    Rrrran !... Minc’ de pesée ! Minc’ de fente !
     
    Hein ? C’est pas du boulot d’ gingeole !
    Enquill’ Julot, pousse el’ verrou...
    sans charrier..., nous voilà chez nous....
    Ben... quéqu’ t’ as Juju, tu flageoles ?
     
    S’pèc’ de schnock, tu vas pas flancher ! 
    T’ es-t’y un pote ou eun’ feignasse ?
    À preusent que j’ t’ai embauché,
    tu veux chier du poivre à mon gniasse ?
     
    Tu sais,... méfie-toi,... l’est moins deux ;
    pas d’ giries ou... j’ te capahute ;
    et pis après j’ me mets les flûtes,
    tant pir’ pour les canards boiteux.
     
    Quiens, tette un coup,... v’là eun’ bouteille,
    attends,... c’est d’ la fin’ « Grand Marnier » ;
    allons Julot, voyons ma vieille,
    hardi ! du cœur et du pognet.
     
    Na ! maint’nant trott’ su’ la carpette
    en douce,... enlève tes... escarpins ;
    pas par là, c’est la sall’ de bains,
    où qu’ tu crois qu’y carr’nt leurs pépettes.
     
    Avance, y va falloir gratter,
    on n’en est encor qu’au prologue ;
    pas par là non pus, c’est les gogues !
    Ben mon pot’, t’ es rien effronté !
     
    Non ! Allum’-moi leur gueulard’rie
    (ah ! on n’est pas chez des biffins !)
    Les vach’s ! ça croût’ dans l’argent’rie
    pendant qu’ l’Ovréier meurt de faim !
     
    À gauch’ vieill’, fouin’ dans les tiroirs,
    sûr y a là d’ quoi effaroucher ;
    moi j’ vas dans la chambe à coucher,
    faut que j’ dis’ deux mots à l’ormoire.
     
    Ah ! j’ te r’command’,... fais pas d’ paquets,
    n’ chauff’ que c’ qu’on peut tasser en fouilles,
    voyez brocquans, talbins, monouilles,
    en sortant on s’ f’rait remarquer !
     
    Cré tas d’ sans-soins ! Y laiss’nt traîner 
    leur toquant’ su’ la cheminée,
    étouffons, étouffons toujours....
    Marie vous aurez vos huit jours !
     
    Voyons leur linge. Il est coquet :
    allons, aboul’-toi su’ l’ parquet,
    (ça m’ rappell’ quand j’étais en Chine
    cabot fantabosse ed’ marine.)
     
    Phalzars brodanchés ? Beau travail.
    Zou ! j’en carre un pour ma congaï.
    Quand a n’aura ça su’ les fesses,
    a mettra pus d’ cœur au bizness.
     
    Preusent viv’ment, cherrons l’ mat’las !
    Aign’ donc, à nous deux Nicolas !...
    Ohé Julot, pas tant d’ bouzin,
    tu vas fair’ tiquer les voisins !
     
    Qué qu’ tu jabot’s ? On sonne ? On cogne ?
    Bien bien, j’ rappliqu’,... fais dall’, tais-toi....
    Merde ! on est visés ! C’est les cognes.
    Allez !... faut s’ barrer par les toits.
     
    Hop ! su’ l’ balcon, plaqu’ tout, au trot...
    Qu’est-c’ qu’y t’ prend ? Encore eun’ faiblesse !
    Ah ! ben mon vieux, cett’ fois j’ te laisse ;
    pour t’emm’ner j’ai pas d’aéro.
     
    Salaud ! Y tourne des mirettes !
    Ah ! on m’y r’prendra eune aut’ fois
    à voyager comme eun’ galette
    avec un garçon qu’ a les foies !
     
    Bon Dieu ! Y en a du trêpe en bas.
    Cassez la lourde, allez, cassez !
    Quiens, l’ Môm’ Nu-Patt’s il est coincé,
    mais Sézig y l’ont h’encor pas.
     
    Voui, tas d’ truff’s, app’lez les pompiers ; 
    j’ n’ai ni l’ vertigo ni la trouille,
    moi j’ grimpe ou j’ dévale eun’ gargouille,
    six étag’s, blavin dans les pieds !
     
    J’ suis bon, j’ m’envole..., arr’moir’ Julotte !
    t’t’ à l’heure au quart, d’main à la Tour,
    tâch’ de n’ pas m’ donner au Gerbier
    ou ben j’ t’arr’trouv’rai un d’ ces jours...
     
    t’ entends coquine, emmanché, fiotte,
    hé, Apprenti ! Hé, gât’-métier !
     

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  • SONNET

    SONNET.............

    À Mlle Léonie Godart.


    Je sais un ruisseau dont le flot chantonne,
    Où vous aimeriez à passer vos jours.
    Il tairait dans sa chanson monotone
    Le secret de nos virginals amours.
     
    Si vous consentiez, bien loin de l’envie
    Nous nous en irions cacher nos baisers.
    Dès lors, les instants cruels de ma vie
    Seraient par vos yeux emparadisés.
     
    Mais vous refusez. Adieu ! tout s’écroule.
    Je sais une mer, là-bas, dont la houle
    Fermera sur moi son linceul flottant.
     
    Si vous demeurez dédaigneuse, altière,
    Je sais une croix dans un cimetière
    Où j’irai clouer mon cœur palpitant !
     

     

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  • Ô Père dont jadis les mains industrieuses ...........

    Ô Père dont jadis les mains industrieuses
    Cette vigne ont planté, vois comme au lieu du fruit
    Qu’elle dût rapporter, ingrate elle produit
    Pour couronner ton fils des ronces épineuses.
     
    Ces épines étaient les peines crimineuses
    Des révoltes de l’homme au paradis séduit :
    Et ce Christ, qui sa coulpe et ses peines détruit,
    Ces épines arrose et les rend fructueuses.
     
    Pour délivrer Judas le Père descendant
    D’épines entouré dans un halier ardent
    Fit l’effort merveilleux de sa forte puissance.
     
    Et le fils descendant du séjour paternel,
    Brûlant dans ce halier d’un amour éternel,
    Fait l’épineux effort de notre délivrance.
     

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  • Mais qui vous meut, Seigneur, de sortir à cette heure ?

    Mais qui vous meut, Seigneur, de sortir à cette heure ?
    De passer ce torrent ? de gravir sur ce mont ?
    De revoir ce jardin où l’Apôtre parjure
    Conduit mille assassins pour vous faire un affront ?
     
    Vous fuîtes l’autre jour pour ne voir votre front,
    Ceint du bandeau Royal : maintenant on conjure
    De vous assassiner, et vous êtes si prompt
    D’aller pour recevoir une mortelle injure.
     
    Ô doux-forçant amour, que ton pouvoir est fort !
    Ni l’effroi des tourments, ni l’horreur de la mort
    Ne peuvent arrêter cet amoureux courage.
     
    Mon Roi, puisque pour moi vous courez au trépas,
    Faites que votre grâce à ce coup m’encourage,
    Et me donne pouvoir de talonner vos pas.
     

     

     

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  • SUR LES MARGES DE LA NUIT D’OCTOBRE

    SUR LES MARGES DE LA NUIT D’OCTOBRE...........Joseph Autran (1813-1877)...  

    Les pédants auront beau, dans leur langage acerbe,
    Condamner l’art du jour, le traîner au ruisseau,
    Ne les écoutons pas ; l’art sincère et superbe,
    La franche poésie eut chez nous son berceau.
     
    Presque tous les rimeurs, à partir de Malherbe,
    Lafare, Chapelain, Jean-Baptiste Rousseau,
    Saint-Lambert, Pompignan, Chaulieu, tout le monceau,
    Ont écrit platement, je souligne l’adverbe.
     
    Le champêtre Delille et l’aimable Gresset,
    Parny, qui barbota dans l’ode libertine,
    Voltaire, dont la lyre est pauvre, comme on sait,
     
    Fontanes, que Toulouse orna d’une églantine,
    Tout cela ne vaut pas un chant de Lamartine,
    Tout cela ne vaut pas deux stances de Musset.
     

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  • LE PRINTEMPS DU CRITIQUE

    LE PRINTEMPS DU CRITIQUE...........Joseph Autran (1813-1877)....

    Oui, c’est le printemps, je n’oppose
    Aucun obstacle à son retour.
    Allons ! je vais hors de ma tour
    Lire des vers... ou de la prose.
     
    Voici la fleur qui s’ouvre au jour ;
    Pas mal... pour un bouton de rose.
    Le rossignol chante l’amour ;
    Bravo ! mais j’attends autre chose.
     
    J’aime ce pré, quoique trop vert,
    Où ce lourd papillon se joue ;
    Voilà du foin pour tout l’hiver.
     
    Printemps, c’est fort bien, je te loue ;
    Mais je préfère, je l’avoue,
    Lire celui de Saint-Lambert !
     

     

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