• Là-ramassé.

     Là-ramassé..........Danielle Collobert (1940 – 1978) :.....

    Là-ramassé - les genoux repliés sous le ventre - le papier froissé dans les

    doigts - essayer dans les plis – les cassures – essayer de tracer un signe –

    de l’autre main engourdie – coincée entre les jambes et le bois – un signe -

    un dessin

     

    Plus de possibilités d’invention – plus de personnages – solitude aussi de

    l’imagination – reste aujourd’hui ces murs – cette chambre blanche – une

    fois de plus – au centre – ou parfois appuyé contre l’un des murs – ou même enfoncé dans un angle – les bras écartés contre les murs adjacents – dans le

    silence

     

    U

    un mot pour ouvrir – pour s’éloigner du mur – retrouver la force dans la main – pour déplier les doigts - refaire des gestes – reprendre l’habitude – j’étends

    les doigts – je décolle mes lèvres du mur – regarder

     

    du plat de la main – lisser la feuille – crayon qui roule sous la jambe – rattraper

    entre les doigts – serrer -  je réapprends – le premier trait  - à peine effleurer – noircir – passage opaque du cri au signe

     

    rester là avec un mot - longtemps – chercher autour – attendre

    jour qui passe – peut-être – toujours ici – l’obscurité – autour du mot – toujours le son unique – même notre tenue sourdement – sans cesse

     

    le bloc du mot se désagrège – un effritement – nécessaire – les significations affluent de partout – de cercles en cercles – le monde bouge – bascule – je voudrais arrêter le flux – la marée envahissante – endiguer – me restreindre

     

    l’impossibilité – comme des pièces d’engrenage – de nouveaux murs

    s’édifient tout autour – toujours monter  - ramper plus haut – pour vous

    au-dessus – la peur du vide en dessous – tout le temps – de plus en plus

    loin – s’enfuir dans le mot – comme un vertige

     

    un mot émergeant du gouffre – pourquoi – émergeant au milieu du flot

    - milieu des phrases - celui-là – ce mot-là – une sorte de précision – au

    hasard – dans la confusion – dans le flou – pourquoi

     

    je ne sais pas – je n’arrive pas – comme çà – perdu – aucune réponse aux

    questions – et finalement plus rien qui ressemble vraiment à une question –

    s’accrocher à ce mot – tout seul – y passer des jours – ne pas le perdre – en

    faire mon noyau

     

    c’est tout- fermer les yeux – les ouvrir – les refermer à nouveau – pas de

    vision – pas de couleur - rien à voir – ne pas être – se démettre – écrire le

    mot – les yeux fermés – au hasard – dans un coin du papier – sur le sol

    peut-être – sur le mur

     

    aucun lieu pour le mot – dans le sable peut-être – le mieux - tracer un mot

    entre deux flux – faire çà – effacer – recommencer sans cesse le même signe

    - retrouver à chaque fois l’étonnement – trouver un mot possible pour çà –

    un mot ou un son unique – je pourrais m’arrêter -  en finir avec les histoires

    de mots sans fin – me débarrasser enfin – supporter enfin le silence sans rien

    - sans rien  dire

     

    mais non – ce qui vient – seulement un mot à peu près - une ébauche – et le

    monde plein tout autour – écrasant – le tumulte – le bruit – le bruit partout –

    ne pas pouvoir s’arracher – se débattre dans cette confusion – secouer la tête

    dans tous les sens très vite pour ne plus entendre – les bras enfermant la tête

    - les mains aux oreilles – affolé – crier – faire monter les cris du plus loin

    possible – hurler par moments- pour couvrit tout çà – haleter à la fin – épuisé

    - sans souffle – toujours vaincu – toujours envahi

     

    entendre – écouter – pas moyen de se soustraire – se fondre – obligé d’être

    là on dirait – obligé d’entendre et de parler en même temps – supprimer la

    contradiction – s’enfuir – même pas

     

    aucun répit – laisser aller les mots comme on ouvre une vanne - arrive le flot

    épais – incohérent – énorme chute de mots emmêlés – bousculés – broyés

    aussi - méconnaissables – une pâte – mes vomissures – une bouillie sans cesse

     mâchée - avalée – rejetée jusqu’aux lèvres infranchissables – ravalée encore –

    va-et-vient intérieur amer – insupportable – jusqu’au dégoût parfois – jusqu’à

    rire

     

    un moyen – un compromis – pour continuer à vivre – continuer seulement à

    m’entendre encore de temps en temps – le souffle – le cri – les mots – quelquefois

    avant de s’en aller – non – disparaître – tracer quelque chose peut-être – quelque

    part – pour rien – sans nécessité sûrement – ce que je sais là – pourtant – encore –

    à essayer.

     

    Revue « Hopala, N° 50, Décembre 2015 – Mars 2016 »

    29000 Quimper, 2016

     

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  • Le vent d’après / le vent d’avant.

     Le vent d’après / le vent d’avant...........Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) :...

    Depuis jamais

    Je sais toujours

    Souvenir d’avenir après toute vie révolue

    Prévision d’autrefois d’avant tout mouvement

    Avant que soit

    Le premier mouvement le vent

    Pour quel crime immense inconnu

    D’un juge qui n’est que moi-même

    Ma condamnation au présent à perpétuité

    Eternité

    Depuis jamais

    Je sais toujours

    Prévoir me souvenir du vent qui vient de plus loin que la lune

    Et les étoiles

    Le vent de bête légion

    Qui glisse de plus loin que l’humaine illusion de tout l’espace

         oblong

    Le vent de bêtes et de griffes

    Qui hurlent dans les caves du ciel

    Déchirent des lambeaux de soie noire aux parois supérieures de

         l’éther

    Le vent qui vient de plus loin que tout l’espace plein

    Le granit d’un seul grain de granit

    Granit sans grains

    Le granit plein

    Le vent qui vient de plus loin que l’éternelle limite

    Où le marbre est perméable au tulle

    Et les étoiles alvéoles perméables à l’éther dentelles

    Le vent qui n’a jamais dépassé

    L’ourlet croquant de mon oreille

    Le vent qui n’a jamais pénétré sous mon crâne

    Jamais fait résonner les grottes de mes tempes

    Le vent qui secoue l’étendue onduleuse de tout

    Mais le vent qui ne peut secouer moi le vide

    Le trou d’absence dans le monde

    Le défaut du cristal le crachat de l’émeraude

    L’entonnoir le trou.

     

    Espace que détient mon corps statufié dans l’espace

    Mon corps est le seul lieu où je ne me sais pas

    Le seul lieu où je ne sois pas

    Moi qui suis le vent d’avant tout mouvement

    Le vent vivant après toute vie révolue

    Le vent qui vient de plus loin que la forme oculaire de

         l’infini de l’homme

    Limite de souffrance la peau seule opacité

    Nuit du tambour increvable

    Que les volcans du vent fassent éclater mon crâne

    Retournez-moi comme un gant

    Dévaginez-moi jetez-moi  nu tout vif écorché à l’amour

         souterrain de l’ombre de l’envers du monde

     

    Arrachez la viande de mes jours

    Pour que je voie enfin mon rire de mort

     

    La vie l’amour la mort le vide et le vent

    Editions des Cahiers libres, 1933

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  • Epithalame.

     Epithalame.............Flavien Rainavo (1914 - 1999) :

    Un petit mot, Monsieur,

    un petit conseil, Madame.

    Je ne suis pas celui-qui-vient souvent

    comme une cuiller de faible capacité,

    ni celui-qui-parle-à-longueur de journée

    comme un mauvais ruisseau à travers la rocaille,

    je suis celui-qui-parle-par-amour-pour-son-prochain.

    Je ne suis point la pirogue-effilée-qui-dérive-sur-l’eau-tranquille,

    ni la citrouille-qui-se-trace-un-dessin-sur-le-ventre,

    et si je ne suis à même de fabriquer une grande soubique (1),

    je suis toutefois capable d’en faire une petite.

    Epi et homme sont ressemblants :

    l’un l’autre, à sa façon, produit :

    le premier des grains, le second des idées.

    Je ne suis pas celui-qui-danse-sans-être-invité,

    ni le-célibataire-qui-donne-des conseils-aux-gens-mariés,

    car ne suis pareil à l’aveugle qui voit pour autrui.

    Vous n’êtes point sots que l’on sermonne,

    vous êtes de noble descendance,

    vous êtes les voara (2)  au feuillage touffu,

    les nénuphars parures de l’étang.

     

     

    Vous êtes les-deux-amours-nées-un-jour-faste,

    personne ne s’est occupé de vous.

    Vos amours ne sont point larmes-provoquées-par-fumée,

    ni raisin-verts-ramollis-par-doigts-d’enfant.

    Tenez à l’amour comme à vos propres prunelles.

    L’avoko fleurira-t-il trois fois dans l’année,

    la lune aura-telle douze phases dans le mois ?

    Que vos amours ne s’en ressentent point.

    Doux l’amour lorsqu’il ressemble à du coton :

    souple et moelleux et jamais ne se brise.

    Eau de la grève :

    jamais ne tarit.

    Sentier :

    fréquentez-le souvent, il paraîtra plus vivant.

    Ne soyez pas comme le rocher et le caillou :

    l’énorme reste muet, le petit ne grandit.

    Les bœufs sauvages se dressent,

    mais ne se cache l’amour.

    Les patates ne se pilent :

    cuites telles quelles, elles sont déjà tendres.

    L’amour est la corde humide qui enlace le mariage.

    Ainsi, faites comme les arbres d’Ambohimiangara :

    fruits éternels, branches souples.

    Le conjoint comme le sel :

    en grains il n’entame les dents, en poudre il rehausse la viande.

    Seriez-vous fatigués ?

    Couchez-vous sur le côté.

    Seriez-vous ankylosés ?

    Mettez-vous au soleil.

    Coup de bambou ?

    Marchez sous le ravenala.

    Les pots en terre d’Amboanjobe se cassent au bout d’une semaine,

    Le mariage, lui, est comme la chair,

    la mort seule la sépare de l’os.

    Occasions de querelle :

    autant que ce sable.

    Un conseil :

    ne soyez pas comme le petit chien battu par un fou

    et qui crie sa douleur à tous les environs :

    les scènes de ménage ne se divulguent pas.

     

     

    Toute chose a sa raison d’être ;

    montagne : refuge des brouillards,

    vallée : abri des moustiques,

    bras d’eau : repaire des caïmans ;

    l’homme, lui, est sanctuaire de la raison.

    Vous, jeune homme,

    ne soyez pas l’homme-réputé-courageux

    et qui a peur de passer la nuit seul dans le désert.

    Désagréable la vie au poulailler :

    le coq chante tandis que la poule caquette.

    Si la corde est tendue, ne tirez davantage.

    Ne suivez pas les conseils de Colère,

    sitôt exécutés ils deviennent regrets.

    Fruits verts, ne les récoltez pas,

    ils vous rendront malades.

    L’emportement ne peut porter bien loin ;

    les râles s’arrêtent à la hauteur du nez.

    Le pire des malheurs :

    larmes.

    Discorde :

    furoncle au front, dépare le visage, douloureux par surcroît.

    Ne convoitez pas la coiffure qui sied à la voisine.

    Pêche à la nasse :

    ne raclez trop profond, vous aurez de la vase ;

    désir démesuré vous donnera maladie.

    De la sagesse faites un lamba :

    vous vous en couvrez si vivez,

    si mourez, un linceul.

     

     

    Ne soyez pas comme les chats :

    friands de poisson, ils détestent la nage.

    Le travail est l’ami des vivants.

    Travaillez donc, travaillez,

    les pauvres sont des charges pour l’humanité.

    Seriez-vous beau, mais besogneux :

    parlez, on vous écoute,

    en chemin vous marcherez derrière les autres.

    Car l’enfant qui ne veut travailler :

    dans un verger, maraudeur ;

    dans la ville, quémandeur ;

    à la maison, de trop.

    Le travail, mes amis,

    seul fait l’homme.

    Que la femme toute la journée durant,

    au métier s’accroupisse,

    que l’homme soit dans les champs du lever au coucher du soleil ;

    si procédez ainsi, et que Fortune n’apparaisse,

    ne vous désolez point,

    le Seigneur-Parfumé vous viendra en aide.

     

    (1) soubique : grand panier ou grande corbeille sans anse servant à transporter les fruits et les légumes

    (2) voara (Ficus tiliifolia ) : arbre forestier, non planté, situé en bordure de champs ou de rizières

     

     

    In, Léopold Sédar Senghor :

    « Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache

    de langue française »

    Presses Universitaires de France, 1948

     

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  •  Lettre

    : Lettre...........Pierre Minet (1909 – 1975) .

    Un petit pastel de mon âme, s’il vous plaît ?

         Pourquoi cherchez-vous encore où se trouvent les béatitudes ?

    Le temps est au soleil, peut-être y arriverez-vous plus facilement.

         Je suis devenu un petit taureau pensif – je recule devant mille

    obstacles avec des bonds craintifs. Un petit taureau poétique, ah !ah !

         J’aperçois de grands disques blancs que l’on précipite soudain

    dans un gouffre, - je crie et je glisse la nuit à travers les hautes herbes

    - je ne trouverai jamais, mais qu’importe ?

         Je vous replonge dans ma tête avec un bruit de guitares. Vous

    connaissez ces plaintes criardes qui semblent venir du désert ? – et

    j’aperçois les chameaux rangés comme des soldats devant le petit nègre,

    chacun un morceau de sucre dans la bouche.

         J’ai peur. Les clowns, les clowns.

         J’ai peur. Je me cache, coagulation de mes forces. Des bras battent

    désespérément l’air qui se casse avec un bruit de verre. Rêverie.

    Abrutissement aquatique. Que sais-je ? Je suis soudain, entouré de

    chiffres et je jongle. Enorme. Les poissons, les rats, les animaux du ciel,

    tous, tous, je vous dis, et cela est une vérité ? Vérité… Vérité…ité…

    film, suite, suite et encore. Hier, je me souviens d’avoir joué avec la nuit

    - j’étais, très haut, sur un lac – je ne comprends plus – Et vous ?

         Les oiseaux plongent, et chacun emporte dans son vol la tête d’une

    cuisinière. Lamentation. J’ai vu cela. Je sais que votre cœur est une plage

    de marbre. Vous souffrez. Je sens les trains, voyous qui déambulent,

    courir sur vitre surface. A moi ! Nonchalance des images. Ressemblent-

    elles au format de ma vérité ? Je ne sais rien – à peine au front une tache

    noire.

         Angoisse des lignes. Je suis enfermé dans a chambre. Je sais que je suis

    un cube qui flotte dans l’air. Vertige. « L’éternité », comme on dirait un

    chapeau de gendarme – Epouvantail

         Je rallume mon cœur – éteint – rien à faire, il ne vivra plus très longtemps.

    Habitude du néant – trop, peut-être – Irrésistible comique, digne d’un chevaux-

    de-bois  - Et voilà l’Idéal !

                           Vive l’Idéal !

         - En avant – l’élite sublime s’ébranle. Je suis – Marche militaire – pourquoi pas ?

    On arrive à une hauteur dominant un très profond précipice.

         Allez, l’élite ! -  Tous tombés.

         Je reste seul, avec – naturellement – l’espoir qui est toujours derrière moi en

    attente. Espoir. Coup de canon. – semblable épopée qui s’avance mécaniquement

     - Espoir en nous ? Vous en riez. Alors, la cloche ! Nous nous réveillerons bien un

    jour, nom de Dieu !

                                                      Le bateau coule

                                                      Dans une tempête de fleurs –

     

                                                      Seul – assis sur la paresse –

                                                     J’effeuille ma marguerite

     

    Revue « Le grand jeu, N° 1, été 1928

    Chez Roger Vailland, Paris, 1928

     

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  • Le tombeau d’Arthur Rimbaud..

     Le tombeau d’Arthur Rimbaud.............Michel Butor (1926 - 2016) :.

    Qui suis-je moi qui suis sorti

    de la tombe où je t’attendais

    moins une jambe que je n’ai

    pas réussi à remplacer

    avant de repartir là-bas

    comme je l’aurais tant voulu

    comme j’attendais dans ma chambre

    mère un baiser qui ne venait

    que rarement et si furtif

    que mes larmes se remplissaient

    d’insultes que je ravalais

    dans l’ambiguïté de mes flammes



    D’où suis-je venu trébuchant

    car c’était un tout autre enfer

    que celui d’où j’ai réchappé

    que j’avais cherché provoqué

    où ai-je trouvé la béquille

    que j’ai posée contre un pilier

    quant à la peau blanche grisâtre

    c’est la couleur de l’entre-temps

    parcouru d’illuminations

    qui sont les souvenirs des rêves

    que j’étouffais dans mes navettes

    entre l’eau l’Afrique et l’Asie



    Où suis-je que veut dire ici

    et qui était cette personne

    en grande toilette disant

    « viens donc près de moi tu seras

    beaucoup mieux qu’ici » quel ici

    celui de la tombe ou celui

    de l’église de Charleville

    où j’aurais voulu te parler

    mère mais n’ai pu que répondre

    en l’appelant « ma tante » quelle

    tante je ne l’ai pas connue

    serait-ce une sœur de mon père



    Où voulait-elle m’emmener

    transformée en ange gardien

    dans quelle saison quel château

    dans quel Aden de l’autre monde

    dans quel Harrar transfiguré

    « je vous remercie je me trouve

    très bien ici et je vous prie

    de m’y laisser » où trouverais-je

    la femme et l’enfant désirés

    que j’aurais voulu vous montrer

    pour voir éclore ce sourire

    que vous m’avez tant refusé



    Où vais-je maintenant dans quel

    tombeau différent de celui

    que vous creusez pour reposer

    entre les os entremêlés

    de votre père et Vitalie

    à qui je montrais les musées

    de Londres quand tous les espoirs

    nous étaient encore permis

    et les miens que vous laisserez

    dans le cercueil bien conservé

     avec la belle croix dorée

    qui n’a pas empêché ma fugue



    La pluie tombe sur Charleville

    des lycées vont porter mon nom

    on fêtera l’anniversaire

    de ma naissance et de ma mort

    de savants universitaires

    vont me traiter de tous les noms

    sans doute il s’agit de quelqu’un

    que j’aurais voulu devenir

    mais qui s’est dérobé sous moi

    comme une jambe que l’on coupe

    et qu’on ne peut pas remplacer

    je me trouve très bien ici



    Le vent siffle sur les mosquées

    la voile claque sur les vagues

    les porteurs me secouent toujours

    qui parle ici qui se faufile

    dans les ossements de ma vie

    usurpateur d’identité

    voleur du feu de mon bûcher

    fantôme d’un ancien fantôme

    je cherche l’autre que je suis

    déchiqueté dans mes errances

    mère notre tombe se creuse

    en l’engloutissement d’un monde

     

     Seize lustres

    Editions Gallimard, 2006

     

     

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  •  Bloody Mary.

     / רוני סומק Bloody Mary...........Ronny Someck (1951 -)........

    Et la poésie est une fille à gangsters

    sur le siège arrière d’une voiture américaine.

    Ses yeux sont appuyés comme une gâchette et le révolver de

         ses cheveux tire

    les balles platinées qui dévalent jusqu’à sa gorge.

    Mettons qu’elle s’appelle Mary, Bloody Mary

    et les mots se pressent hors de sa bouche comme le jus du

         ventre de la tomate

    qu’on a auparavant drôlement arrangée

    sur l’assiette à salade.

    Elle sait que la grammaire est la police de la langue

    et  l’antenne de sa boucle d’oreille

    repère de loin la sirène.

    Le volant va dévier le véhicule du point d’interrogation

    vers le point final

    et elle ouvrira la portière

    pour se tenir au bord de la route en tant que métaphore du mot

    pute.

     

    Traduit de l’hébreu parEmmanuel Mosès

    Revue « Europe »

     

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  • Adieu

     Adieu.................Pierre-Jean Jouve (1887- 1976) :

    Noir. Noir. Sentiment noir.

     

    Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain

    Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur

    L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire

    De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ !

    Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer !

    Un aigre vent soulève les roseaux des sables

    Confond les monts

    Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire

    Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant.

    C'est la journée épaisse intime où Elle part

    Jetant un dernier oeil aux prouesses d'amant,

    Où il quitte, quelques maigres longueurs encor de faible sable

    Et poussant la vieillesse de l'âge un aigre vent.

    Noir, noir, sentiment noir, oh frappe clair et noir

    Pour l'épaisse cérémonie à la terre sans lendemain

    Portant comme un socle divin le monument de leur départ.

     

    II



    De longues lignes de tristesse et de brouillard

    Ouvrent de tous côtés cette plaine sans fin

    Où les monts s'évaporent puis reprennent

    A des hauteurs que ne touche plus le regard:

    Là où nous sommes arrivés, donne ta main,

    Puis aux saules plus écroulés que nos silences

    A l'herbe de l'été que détruisent tes pieds

    Dis un mot sans raison profère un vrai poème,

    Laisse que je caresse enfin tes cheveux morts

    Car la mort vient roulant pour nous ses tambours loin,

    Laisse que je retouche entièrement ton corps

    Dans son vallon ou plage extrême fleur du temps

    Que je plie un genou devant ta brune erreur

    Ta beauté ton parfum défunt près du départ

    Adorant ton défaut ton vice et ton caprice

    Adorant ton abîme noir sans firmament.

    Laisse ô déjà perdue, et que je te bénisse

    Pour tous les maux par où tu m'as appris l'amour

    Par tous les mots en quoi tu m'as appris le chant.

    III



    Adieu. La nuit déjà nous fait méconnaissables

    Ton visage est fondu dans l'absence. Oh adieu

    Détache ta main de ma main et tes doigts de mes doigts arrache

    Laissant tomber entre nos espaces le temps

    Solitaire étranger le temps rempli d'espaces ;

    Et quand l'obscur aura totalement rongé

    La forme de ton ombre ainsi qu'une Eurydice

    Retourne-toi afin de consommer ta mort

    Pour me communiquer l'adieu. Adieu ma grâce

    Au point qu'il n'est espoir de relier nos sorts

    Si même s'ouvre en nous le temple de la grâce.

     

     

    Mélodrame

    Editions du Mercure de France, 1967

     

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