• Mélancolique mer que je ne connais pas,
    Tu vas m’envelopper dans ta brume légère ;
    Sur ton sable mouillé je marquerai mes pas,
    Et j’oublierai soudain et la ville et la terre.
     
    Ô mer, ô tristes flots, saurez-vous, dans vos bruits
    Qui viendront expirer sur les sables sauvages,
    Bercer jusqu’à la mort mon cœur, et ses ennuis
    Qui ne se plaisent plus qu’aux beautés des naufrages ?
     

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  • On doit le temps ainsi prendre qu’il vient,
    Toudis ne peut durer une fortune.
     
    Un temps se part, et puis l’autre revient.
    On doit le temps ainsi prendre qu’il vient.
     
    Je me conforte à ce qu’il me souvient
    Que tous les mois avons nouvelle lune.
    On doit le temps ainsi prendre qu’il vient,
    Toudis ne peut durer une fortune.
     

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  • Le corps s’en va,...............

    Le corps s’en va, mais le cœur vous demeure ;
    Très-chère dame, adieu jusqu’au retour :
    Trop me sera lointaine ma demeure.
    Le corps s’en va, mais le cœur vous demeure ;
    Très-chère dame , adieu jusqu’au retour.
     
    Mais doux penser que j’aurai à toute heure
    Adoucira grand part de ma doulour.
    Très-chère dame, adieu jusqu’au retour ;
    Le corps s’en va, mais le cœur vous demeure

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  • LA JULIE JOLIE

    LA JULIE JOLIE................. 

    À la loué’ de la Saint-Jean
    Un fermier qui s’ rât’lait des rentes
    Dans l’ champ d’ misèr’ des pauvres gens
    Alla s’enquéri’ d’eun’ servante.
    Après avoir hoché longtemps,
    Pour quatr’ pair’s de sabiots par an
    Avec la croûte, et pis l’ log’ment,
    Il fit embauch’ de la Julie...
    La Julie était si jolie !
     
    L’empléya, sans un brin de r’pos
    Du fin matin à la nuit grande,
    À m’ner pâturer les bestiaux
    Dans l’herbe peineus’ de la lande ;
    Mais un soir qu’il ’tait tout joyeux
    D’avoir liché queuqu’s coups d’ vin vieux
    I’ s’ sentit d’venir amoureux
    Et sauta dans l’ lit d’ la Julie...
    La Julie était si jolie !
     
    D’pis c’ jour-là, d’venu fou d’amour
    I’ t’y paya des amusettes,
    Des affûtiaux qu’ l’orfèv’ du bourg
    Vous compt’ toujou’s des yeux d’ la tête ;
    Pis, vendit brémaill’s et genêts,
    Vendit sa lande et son troupet
    À seul’ fin d’ se fair’ des jaunets
    Pour mett’ dans l’ bas blanc d’ la Julie...
    La Julie était si jolie !
     
    Si bien qu’un coup qu’il eut pus ren
    Ayant donné jusqu’à sa ferme,
    A l’ mit dehors, aux vents du ch’min,
    Comme un gars qui pai’ pus son terme ;
    Mais c’ jour-là, c’était la Saint-Jean :
    Pour quat’ pair’s de sabiots par an
    Avec la croûte et pis l’ log’ment,
    I’ s’embaucha cheu la Julie...
    La Julie était si jolie !
     

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  • IDYLLE DES GRANDS GÂS COMME IL FAUT ET DES JEUNESSES CONVENABLES

    IDYLLE DES GRANDS GÂS,.COMME IL FAUT ET DES JEUNESSES CONVENABLES............


    L’ chef-yeu d’ canton a troués mille âm’s, et guère avec.
    On peut pas y péter sans qu’ tout le monde en tersaute ;
    La moquié du pays moucharde aux chauss’s de l’aut’e,
    Et les vilains coups d’ yeux pond’nt les mauvés coups d’ becs.
     
    Pourtant, su’ les vieux murs nouérs coumm’ l’esprit du bourg,
    La bell’ saison fait berlancer des giroflées ;
    Pourtant, dans l’ bourg de sournoués’rie et de d’ mauvais’té,
    Y a des gâs et des fill’s qui sont dans l’âg’ d’amour !
     
    V’là coumme i’s s’aim’nt : les galants r’vienn’nt, après l’ouvrage,
    Par les ru’s oùsqu’ leus bell’s cous’nt su’ l’ devant d’ la f’nét’e :
    Un pauv’ sourir’ qu’a peur, un grand bonjour bébéte,
    Deux grouss’s pivouén’s de hont’ qu’éclat’nt su’ les visages,
     
    Et c’est tout. I’s font point marcher l’ divartissouèr,
    Rouet qu’on tourne à deux pour filer du bounheur
    Et qui reste entre eux coumme un rouet su’ l’ormouère
    Pasque... Eh ! ben, et l’ Mond’, quoué qu’i dirait, seigneur !
     
    Vous l’avez jamés vu, l’ Mond’, dépecer un coup’e
    Qu’ les écouteux ont pris en méfait un bieau jour ?
    Et su’ la place, au sorti’ d’ mess’, par pequits groupes,
    Vous l’avez jamais vu, l’ Mond’, baver su’ l’amour ?
     
    Alors, les fill’s renfonc’nt les envi’s qui les roingent,
    Souffrant tout bas l’ désir qui piqu’ dans leu’ pieau blanche
    Coumm’ leu-z-aiguill’ d’acier dans la blancheur du linge,
    Et les gâs fil’nt, sans bruit, par el’ train du dimanche ;
     
    Car la Ville est pas loin oùsqu’y a la garnison,
    L’ Martroué, la Préfectur’, l’Évêché, l’ Tribunal,
    La Ville, enfin, la Ville oùsqu’on trouv’ des maisons...
    — Vous savez, des maisons darrièr’ la cathédrale ?
     
    Donc, les gâs but’nt au nid des tendress’s à bon compte ;
    Eun’ grouss’ chouette est guchée au bas du lumério :
    « Mes p’tits agneaux, on pai’ tout d’ suite ; après on monte ! »
    Les gru’s accour’nt. « Fait’s-nous d’abord nos p’tits cadeaux ! »
     
    Et les gâs pai’nt ben châr, étant allés ben loin,
    C’ que les fill’s de cheux eux voudrin dounner pour ren !
    Pis les gothons s’ déb’hill’nt, et, quand leu’ ch’mise est chute,
    D’vant leu’ corps usagé par le frott’ment des ruts,
     
    D’vant leu’s tétons, molass’s coumm’ des blancs fromag’s mous,
    Les gâs song’nt ; et i’s douèv’nt se dir’ dans leu’ song’rie :
    « Y a des bieaux fruits qui s’ pard’nt dans les enclos d’ cheu nous,
    Et faut que j’ galvaudin après des poumm’s pourries ! »
     
    Enfin, les pauv’s fumell’s rentr’nt dans les bras des mâles
    Coumme ent’er les limons queuqu’ pauv’ jument fourbue,
    Et pis les v’là qu’as pouss’nt, qu’as tir’nt et qu’as s’emballent
    Pour charrouéyer les aut’s vars la joué qu’as n’ trouv’nt pus !
     
    Mais Ell’s ! quand on y pens’, coumme a seurin ben aise,
    Les Mari’-Clair’ du bourg, les Touénons, les Thérèse,
    Si qu’a’ s’ trouvin tertout’s att’lés, pour el’ quart d’heure,
    À la plac’ des gothons d’ la vill’, leu’s tristes sœurs,
     
    Victim’s coumme ell’s du mond’ qui t’naille et crucifie
    Les vierg’s et les putains au nom d’ la mêm’ morale !
    Mais quoué ! « Leu-z-affér’ fait’ », le souer, les gâs r’dévalent
    Vars el’ pays oùsqu’ les attend’nt leu’s bounn’s amies.
     
    I’s r’déval’ront souvent ! A’s attendront longtemps !
    D’aucuns r’viendront avec du pouéson dans les veines,
    D’aucun’s dépériront, coumm’ les giroflé’s viennent
    À mouri’ su’ les murs de la séch’ress’ du temps.
     
    Pis, par un coup, avant d’ leu’ r’céder l’ fonds d’ boutique,
    Les vieux disant : « Ma fill’ te faurait un bon gâs ! — 
    — Mon gâs, t’ faurait eun’ femm’ pour sarvi’ la pratique ! »
    I’s s’uniront avec tout l’ légal tralala...
     
    L’blé s’ra d’pis longtemps mûr quand qu’i’s noueront leu’ gearbe.
    Après bieaucoup d’éguermillage i’s f’ront l’amour,
    Ayant r’mis au lend’main « c’ qu’i’s pouvin fère el’ jour, »
    À cau’ du mond’ qui ment jusque dans ses provarbes.
     
    Et i’s d’viendront eux mêm’s ce Monde au cœur infect
    Qui fait des enfants pour pouvouér les fèr’ souffri
    Quand qu’arriv’ la saison des giroflé’s fleuries
    Dans l’ méchant bourg de troués mille âm’s, et guère avec.
     

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  • LA CHANSON DES FUSILS

    Nous étions fiers d’avoir vingt ans
    Pour offrir aux glèbes augustes
    La foi de nos cœurs éclatants
    Et l’ardeur de nos bras robustes ;
    Mais voilà qu’on nous fait quitter
    Notre clair sillon de bonté
    Pour nous mettre en ces enclos ternes
    Que l’on appelle des « casernes » :
     
    En nos mains de semeurs de blé
    Dont on voyait hier voler
    Les gestes d’amour sur la plaine,
    En nos mains de semeurs de blé
    On a mis des outils de haine...
    Ô fusils qu’on nous mit en mains,
    Fusils, qui tuerez-vous demain ?
     
    Notre front qui ne s’est baissé
    Encor que par devant la terre
    Bouge, en sentant, sur lui peser
    La discipline militaire ;
    Mais s’il bouge trop, notre front !
    Combien d’entre nous tomberont
    Par un matin de fusillade
    Sous les balles des camarades ?
     
    Nos yeux regardent sans courroux
    Les gâs dont les tendresses neuves
    S’essaiment en gais rendez-vous
    Là-bas, sur l’autre bord du fleuve ;
    Mais un jour de soleil sanglant
    Ah ! combien de pauvres galants
    Ayant un cœur pareil au nôtre
    Coucherons-nous dans les épeautres ?...
     
    Nous trinquons dans les vieux faubourgs
    Avec nos frères des usines :
    Mais si la grève éclate un jour
    Il faudra qu’on les assassine !
    Hélas ! combien les travailleurs
    Auront-ils à compter des leurs
    Sur les pavés rougis des villes
    Après nos charges imbéciles ?...
     
    Mais, en nos âmes de vingt ans,
    Gronde une révolte unanime :
    Nous ne voulons pas plus longtemps
    Être des tâcherons du crime !
    Pourtant, s’il faut encore avant
    De jeter nos armes au vent
    Lâcher leur décharge terrible,
     
    Nous avons fait choix de nos cibles :
    En nos mains de semeurs de blé
    Dont on voyait hier voler
    Les gestes d’amour sur la plaine,
    En nos mains de semeurs de blé
    Puisqu’on vous tient, fusils de haine !...
    Tuez ! s’il faut tuer demain,
    Ceux qui vous ont mis en nos mains !...
     

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  • LES GOURGANDINES

      

    Il a poussé du pouél de su’ l’vent’e à la terre,
    Les poumm’s vont rondiner aux poummiers des enclos ;
    Il a poussé du pouél sous les pans des d’vanquiéres
    Et les tétons rondin’nt à c’tt’ heure à plein corset...
    Toutes les fill’s de seize ans se sont sentu pisser
    En r’gardant par la plaine épier les blés nouvieaux.
     
    L’souleil leu’ coll’ des bécots roug’s à mém’ la pieau
    Qui font bouilli’ leu’ sang coumme eun’ cuvé’ d’septemb’e,
    Les chatouill’s du hâl’ cour’nt sous leu’s ch’misett’s de chanv’e
    Et d’vant les mâl’s qui pass’nt en revenant des champs
    A s’sent’nt le cœur taqu’ter coumme un moulin à vent.
     
    Y a pas à dir’! V’là qu’il est temps ! Il est grand temps !...
    Les vieux farmiers qui vont vend’ leu’ taure à la fouère
    Ent’rapontront des accordaill’s en sortant d’bouére:
    — "Disez-don’, Mét’ Jean-Pierr’, v’la vout’ fill’ qu’est en âge,
    j’ai un gâs et j’ai tant d’arpents d’terre au souleil.
    V’là c’que j’compte y bailler pour le mett’e en ménage.
    — Tope là !... L’marché quient !... R’tournons bouére eun’ bouteille !...
     
    Pour fére eun’ femme hounnête, en faut pas davantage !
    Voui mais, faut l’fér’!... faut-i’-encor pouvouèr le fère?
     
    Les garces des loué’s, les souillons, les vachères,
    Cell’s qu’ont qu’leu’ pain et quat’ pâr’s de sabiots par an,
    Cell’s qu’ont ren à compter poure c’qu’est des parents,
    Cell’s-là, à’ peuv’nt attend’ longtemps eun épouseux,
    Longtemps, en par-delà coueffé Sainte Cath’rine...
    Attend’!... Mais coumment don’ qu’vous v’lez qu’a fass’nt, bon guieu !
    Empêchez vouér un peu d’fleuri’les aubépines
    Et les moignieaux d’chanter au joli cœur de Mai...
    Cell’s-là charch’ront l’Amour par les mauvais senquiers !
     
    Y a des lurons qui besougn’nt aux métari’s blanches,
    On s’fait ben queuqu’ galant en dansant les Dimanches...
    Et pis, pouf ! un bieau souèr, oùsque l’on est coumm’ saoûle
    D’avouèr trop tournaillé au son des violons,
    On s’laiss’ chouèr, enjôlé’, sous les suçons d’eun’ goule
    Et sous le rudaill’ment de deux bras qui vous roulent,
    Coumme eun’ garbée à fér’, dans les foins qui sent’nt bons.
     
    Queuq’s moués après, quand y a déjà d’la barbelée
    Au fait’ des charnissons et des p’tits brins d’éteule,
    Faut entend’ clabauder, d’vant la flamm’ des jav’lées
    Les grous boulhoumm’s gaîtieaux et les vieill’s femm’s bégueules :
    " Hé ! Hé !... du coup, la michant’ Chous’ s’a fait enfler !... "
     
    Et les pauv’s "michant’s chous’s" qui décess’nt pâs d’enfler
    Descend’nt au long des champs ousqu’à trouvé linceul
    Leu-z-innocenc’tombée, au nez d’un clair de leune.
    — Les galants sont partis pus loin, la mouésson faite.
    En sublaillant, chacun laissant là sa chaceune,
    Après avouèr, au caboulot payé leu’s dettes. —
     
    "Quoué fer ? " Qu’a song’nt, le front pendant su’ leu’ d’vanquiére
    Et les deux yeux virés vars le creux des orgniéres...
    Leu’ vent’e est là qui quient tout l’mitan du frayé !
    Au bourg, les vieill’s aubarg’s vésounn’nt de ris d’rouyiers
    Qui caus’nt d’ell’s en torchant des plats nouér’s de gib’lotte ;
    D’vant l’église à Mari’ qu’a conçu sans péché
    Leu’s noms sont écrasés sous les langu’s des bigottes
    Qu’un malin p’tit vicair’ fait pécher sans conc’vouer ;
    Les conscrits qui gouépaill’nt un brin, avant d’se vouèr
    Attaché’s pour troués ans au grand ch’nil des casarnes,
    Dis’nt des blagu’s à l’hounneur d’la vieill’ gaîté d’cheu nous :
    — "Sapré garc’s, pour avouér un pansier aussi grous
    A’s’ont fait coumm’les vach’s qu’ont trop mangé d’luzarne ?...
    Ou ben c’est-l’ un caquezieau qui l’sa piquées ?..." —
    Au bourg, tout l’monde est prêt à leu’ jiter la pierre...
    A’s r’tourn’ront pas au bourg les fill’s au vent’e enflé,
    Un matin a’s prendront leu’ billet d’chemin d’fer
    Et ça s’ra des putains arrivé’s à Paris...
     
    Ben, pis qu’v’là coumm’ ça qu’est... Allez les gourgandines !...
    Vous yeux ont d’l’attiranc’ coumm’ yeau profond’ des puits,
    Vous lèvres sont prisé’s pus cher qu’un kilo d’guignes,
    Les point’s de vous tétons, mieux qu’vout cœur, vout’ esprit,
    Vous frayront la rout’ large au travers des mépris.
    C’est vout’ corps en amour qui vous a foutu d’dans,
    C’est après li qu’i faut vous ragripper à c’tt’ heure ;
    Y reste aux fill’s pardus, pour se r’gangner d’l’hounneur
    Qu’de s’frotter — vent’e à vent’e — avec les hounnêt’s gens :
    L’hounneur quient dans l’carré d’papier d’un billet d’mille...
    Allez les gourgandin’s par les quat’ coins d’la ville !...
    Allez fout’ su’la paill’ les bieaux môssieu’s dorés,
    Mettez l’feu au torchon au mitan des ménages,
    Fesez tourner la boule aux mangeux d’pain gangné
    Aux p’tits fi’s à papa en attent’ d’héritage.
     
    Fesez semaill’ de peine et d’mort su’ vout’ passage
    Allez, Allez jusqu’au fin bout d’vout’ mauvais sort,
    Allez ! les gourgandin’s œuvrez aux tâch’s du mal :
    Soyez ben méprisab’s pour que l’on vous adore !...
    Et si vous quervez pas su’ eun’ couétt’ d’hôpital
    Ou su’ les banquett’s roug’s des maisons à lanterne
    Vous pourrez radeber, tête haute, au village
    En traînant tout l’butin qu’ v’ aurez raflé d’bounn’ guerre.
     
    Vous s’rez des dam’s à qui qu’on dounne un çartain âge,
    Vous tortill’rez du cul dans des cotillons d’souée
    V’ aurez un p’tit chalet près des ieaux ou des boués
    Que v’ appell’rez " Villa des Ros’s ou des Parvenches "
    L’curé y gueultounn’ra avec vous, les dimanches
    En causant d’ici et d’ça, d’morale et d’tarte aux peurnes,
    Vous rendrez l’pain bénit quand c’est qu’ça s’ra vout’ tour ;
    L’Quatorz’ juillet, vous mérit’rez ben d’la Patrie :
    Ça s’ra vous qu’aurez l’mieux pavouésé de tout l’bourg ;
    Le bureau d’bienfaisanc’ vienra vous qu’ri des s’cours.
    Aux écol’s coummunal’s vous f’rez off’er de prix
    Et vous s’rez presque autant que l’mair’ dans la Coummeune
     
    ...Ah ! Quand c’est qu’vous mourrez, comben qu’on vous r’grett’ra
    La musiqu’, les pompiers suivront vout’ entarr’ment ;
    D’chaqu’ couté d’vout convoué y aura des fill’s en blanc
    Qui porteront des ciarg’s et des brassé’s d’lilas...
     
    Vous s’rez eun’ saint’ qu’on r’meun’ gîter aux d’meur’s divines...
    Allez !... en attendant !... Allez, les gourgandines !...
     

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  • Dieu a-t-il défendu,..............

    Dieu a-t-il défendu, Dieu peut-il interdire ?
    De tout ce qu’il produit, il dit que c’est bien fait,
    Alors, comment un fruit peut-il être mauvais ?
    J’en ai mangé ce jour, il est bon, je peux dire

    Qu’un poète devrait le chanter sur sa lyre.
    Et sur l’intelligence, il a de tels effets
    Que j’entends mieux le monde, et vois mieux où je vais :
    Or, si tu en prenais, toi, Dame que j’admire

    Ton éclat deviendrait celui d’une comète,
    Rien ne l’égalerait sur toute la planète,
    Et tu en donnerais un peu à ton mari.

    Homme et femme, investis d’une grandeur divine,
    Mon coeur en y songeant s’exalte et s’illumine ;
    Plaisir qui ne sera, pour moi, jamais tari.

     Cochonfucius

     

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  • ÉBAUCHE D’UN SERPENT

    ÉBAUCHE D’UN SERPENT...........Paul Valéry (1871-1945).

    À Henri Ghéon.


    Parmi l’arbre, la brise berce
    La vipère que je vêtis ;
    Un sourire, que la dent perce
    Et qu’elle éclaire d’appétits,
    Sur le Jardin se risque et rôde,
    Et mon triangle d’émeraude
    Tire sa langue à double fil...
    Bête que je suis, mais bête aigüe,
    De qui le venin quoique vil
    Laisse loin la sage cigüe !
     
    Suave est ce temps de plaisance !
    Tremblez, mortels ! Je suis bien fort
    Quand jamais à ma suffisance,
    Je bâille à briser le ressort !
    La splendeur de l’azur aiguise
    Cette guivre qui me déguise
    D’animale simplicité ;
    Venez à moi, race étourdie !
    Je suis debout et dégourdie,
    Pareille à la nécessité !
     
    Soleil, soleil !... Faute éclatante !
    Toi qui masques la mort, Soleil,
    Sous l’azur et l’or d’une tente
    Où les fleurs tiennent leur conseil ;
    Par d’impénétrables délices,
    Toi, le plus fier de mes complices,
    Et de mes pièges le plus haut,
    Tu gardes le cœur de connaître
    Que l’univers n’est qu’un défaut
    Dans la pureté du Non-être !
     
    Grand Soleil, qui sonnes l’éveil
    À l’être, et de feux l’accompagnes,
    Toi qui l’enfermes d’un sommeil
    Trompeusement peint de campagnes,
    Fauteur des fantômes joyeux
    Qui rendent sujette des yeux
    La présence obscure de l’âme,
    Toujours le mensonge m’a plu
    Que tu répands sur l’absolu,
    Ô roi des ombres fait de flamme !
     
    Verse-moi ta brute chaleur,
    Où vient ma paresse glacée
    Rêvasser de quelque malheur
    Selon ma nature enlacée...
    Ce lieu charmant qui vit la chair
    Choir et se joindre m’est très cher !
    Ma fureur, ici, se fait mûre ;
    Je la conseille et la recuis,
    Je m’écoute, et dans mes circuits,
    Ma méditation murmure...
     
    Ô Vanité ! Cause Première !
    Celui qui règne dans les Cieux,
    D’une voix qui fut la lumière
    Ouvrit l’univers spacieux.
    Comme las de son pur spectacle,
    Dieu lui-même a rompu l’obstacle
    De sa parfaite éternité ;
    Il se fit Celui qui dissipe
    En conséquences, son Principe,
    En étoiles, son Unité.
     
    Cieux, son erreur ! Temps, sa ruine !
    Et l’abîme animal, béant !...
    Quelle chute dans l’origine
    Étincelle au lieu de néant !...
    Mais, le premier mot de son Verbe,
    MOI !... Des astres le plus superbe
    Qu’ait parlés le fou créateur,
    Je suis !... Je serai !... J’illumine
    La diminution divine
    De tous les feux du Séducteur !
     
    Objet radieux de ma haine,
    Vous que j’aimais éperdument,
    Vous qui dûtes de la géhenne
    Donner l’empire à cet amant,
    Regardez-vous dans ma ténèbre !
    Devant votre image funèbre,
    Orgueil de mon sombre miroir,
    Si profond fut votre malaise
    Que votre souffle sur la glaise
    Fut un soupir de désespoir !
     
    En vain, Vous avez, dans la fange,
    Pétri de faciles enfants,
    Qui de Vos actes triomphants
    Tout le jour Vous fissent louange !
    Sitôt pétris, sitôt soufflés,
    Maître Serpent les a sifflés,
    Les beaux enfants que Vous créâtes !
    Holà ! dit-il, nouveaux venus !
    Vous êtes des hommes tout nus,
    Ô bêtes blanches et béates !
     
    À la ressemblance exécrée,
    Vous fûtes faits, et je vous hais !
    Comme je hais le Nom qui crée
    Tant de prodiges imparfaits !
    Je suis Celui qui modifie,
    Je retouche au cœur qui s’y fie,
    D’un doigt sûr et mystérieux !...
    Nous changerons ces molles œuvres,
    Et ces évasives couleuvres
    En des reptiles furieux !
     
    Mon Innombrable Intelligence
    Touche dans l’âme des humains
    Un instrument de ma vengeance
    Qui fut assemblé de tes mains !
    Et ta Paternité voilée,
    Quoique, dans sa chambre étoilée,
    Elle n’accueille que l’encens,
    Toutefois l’excès de mes charmes
    Pourra de lointaines alarmes
    Troubler ses desseins tout-puissants !
     
    Je vais, je viens, je glisse, plonge,
    Je disparais dans un cœur pur !
    Fut-il jamais de sein si dur
    Qu’on n’y puisse loger un songe !
    Qui que tu sois, ne suis-je point
    Cette complaisance qui poind
    Dans ton âme lorsqu’elle s’aime ?
    Je suis au fond de sa faveur
    Cette inimitable saveur
    Que tu ne trouves qu’à toi-même !
     
    Ève, jadis, je la surpris,
    Parmi ses premières pensées,
    La lèvre entr’ouverte aux esprits
    Qui naissaient des roses bercés.
    Cette parfaite m’apparut,
    Son flanc vaste et d’or parcouru
    Ne craignant le soleil ni l’homme ;
    Tout offerte aux regards de l’air
    L’âme encore stupide, et comme
    Interdite au seuil de la chair.
     
    Ô masse de béatitude,
    Tu es si belle, juste prix
    De la toute sollicitude
    Des bons et des meilleurs esprits !
    Pour qu’à tes lèvres ils soient pris
    Il leur suffit que tu soupires !
    Les plus purs s’y penchent les pires,
    Les plus durs sont les plus meurtris...
    Jusques à moi, tu m’attendris,
    De qui relèvent les vampires !
     
    Oui ! De mon poste de feuillage
    Reptile aux extases d’oiseau,
    Cependant que mon babillage
    Tissait de ruses le réseau,
    Je te buvais, ô belle sourde !
    Calme, claire, de charmes lourde,
    Je dormirais furtivement,
    L’œil dans l’or ardent de ta laine,
    Ta nuque énigmatique et pleine
    Des secrets de ton mouvement !
     
    J’étais présent comme une odeur,
    Comme l’arôme d’une idée
    Dont ne puisse être élucidée
    L’insidieuse profondeur !
    Et je t’inquiétais, candeur,
    Ô chair mollement décidée,
    Sans que je t’eusse intimidée,
    À chanceler dans la splendeur !
    Bientôt, je t’aurai, je parie,
    Déjà ta nuance varie !
     
    (La superbe simplicité
    Demande d’immense égards !
    Sa transparence de regards,
    Sottise, orgueil, félicité,
    Gardent bien la belle cité !
    Sachons lui créer des hasards,
    Et par ce plus rare des arts,
    Soit le cœur pur sollicité ;
    C’est là mon fort, c’est là mon fin,
    À moi les moyens de ma fin !)
     
    Or, d’une éblouissante bave,
    Filons les systèmes légers
    Où l’oisive et l’Ève suave
    S’engage en de vagues dangers !
    Que sous une charge de soie
    Tremble la peau de cette proie
    Accoutumée au seul azur !...
    Mais de gaze point de subtile,
    Ni de fil invisible et sûr,
    Plus qu’une trame de mon style !
     
    Dore, langue ! dore-lui les
    Plus doux des dits que tu connaisses !
    Allusions, fables, finesses,
    Mille silences ciselés,
    Use de tout ce qui lui nuise :
    Rien qui ne flatte et ne l’induise
    À se perdre dans mes desseins,
    Docile à ces pentes qui rendent
    Aux profondeurs des bleus bassins
    Les ruisseaux qui des cieux descendent !
     
    Ô quelle prose non pareille,
    Que d’esprit n’ai-je pas jeté
    Dans le dédale duveté
    De cette merveilleuse oreille !
    Là, pensais-je, rien de perdu ;
    Tout profite au cœur suspendu !
    Sûr triomphe ! si ma parole,
    De l’âme obsédant le trésor,
    Comme une abeille une corolle
    Ne quitte plus l’oreille d’or !
     
    « Rien, lui soufflais-je, n’est moins sûr
    Que la parole divine, Ève !
    Une science vive crève
    L’énormité de ce fruit mûr
    N’écoute l’Être vieil et pur
    Qui maudit la morsure brève
    Que si ta bouche fait un rêve,
    Cette soif qui songe à la sève,
    Ce délice à demi futur,
    C’est l’éternité fondante, Ève ! »
     
    Elle buvait mes petits mots
    Qui bâtissaient une œuvre étrange ;
    Son œil, parfois, perdait un ange
    Pour revenir à mes rameaux.
    Le plus rusé des animaux
    Qui te raille d’être si dure,
    Ô perfide et grosse de maux,
    N’est qu’une voix dans la verdure.
    — Mais sérieuse l’Ève était
    Qui sous la branche l’écoutait !
     
    « Âme, disais-je, doux séjour
    De toute extase prohibée,
    Sens-tu la sinueuse amour
    Que j’ai du Père dérobée ?
    Je l’ai, cette essence du Ciel,
    À des fins plus douces que miel
    Délicatement ordonnée...
    Prends de ce fruit... Dresse ton bras !
    Pour cueillir ce que tu voudras
    Ta belle main te fut donnée ! »
     
    Quel silence battu d’un cil !
    Mais quel souffle sous le sein sombre
    Que mordait l’Arbre de son ombre !
    L’autre brillait, comme un pistil !
    — Siffle, siffle ! me chantait-il !
    Et je sentais frémir le nombre,
    Tout le long de mon fouet subtil,
    De ces replis dont je m’encombre :
    Ils roulaient depuis le béryl
    De ma crête, jusqu’au péril !
     
    Génie ! Ô longue impatience !
    À la fin, les temps sont venus,
    Qu’un pas vers la neuve Science
    Va donc jaillir de ces pieds nus !
    Le marbre aspire, l’or se cambre !
    Ces blondes bases d’ombre et d’ambre
    Tremblent au bord du mouvement !...
    Elle chancelle, la grande urne,
    D’où va fuir le consentement
    De l’apparente taciturne !
     
    Du plaisir que tu te proposes
    Cède, cher corps, cède aux appâts !
    Que ta soif de métamorphoses
    Autour de l’Arbre du Trépas
    Engendre une chaîne de poses !
    Viens sans venir ! forme des pas
    Vaguement comme lourds de roses...
    Danse cher corps... Ne pense pas !
    Ici les délices sont causes
    Suffisantes au cours des choses !...
     
    Ô follement que je m’offrais
    Cette infertile jouissance :
    Voir le long pur d’un dos si frais
    Frémir la désobéissance !...
    Déjà délivrant son essence
    De sagesse et d’illusions,
    Tout l’Arbre de la Connaissance
    Échevelé de visions,
    Agitait son grand corps qui plonge
    Au soleil, et suce le songe !
     
    Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux,
    Irrésistible Arbre des arbres,
    Qui dans les faiblesses des marbres,
    Poursuis des sucs délicieux,
    Toi qui pousses tels labyrinthes
    Par qui les ténèbres étreintes
    S’iront perdre dans le saphir
    De l’éternelle matinée,
    Douce perte, arôme ou zéphir,
    Ou colombe prédestinée,
     
    Ô Chanteur, ô secret buveur
    Des plus profondes pierreries,
    Berceau du reptile rêveur
    Qui jeta l’Ève en rêveries,
    Grand Être agité de savoir,
    Qui toujours, comme pour mieux voir,
    Grandis à l’appel de ta cime,
    Toi qui dans l’or très pur promeus
    Tes bras durs, tes rameaux fumeux,
    D’autre part, creusant vers l’abîme,
     
    Tu peux repousser l’infini
    Qui n’est fait que de ta croissance,
    Et de la tombe jusqu’au nid
    Te sentir toute Connaissance !
    Mais ce vieil amateur d’échecs,
    Dans l’or oisif des soleils secs,
    Sur ton branchage vient se tordre ;
    Ses yeux font frémir ton trésor.
    Il en cherra des fruits de mort,
    De désespoir et de désordre !
     
    Beau serpent, bercé dans le bleu,
    Je siffle, avec délicatesse,
    Offrant à la gloire de Dieu
    Le triomphe de ma tristesse...
    Il me suffit que dans les airs,
    L’immense espoir de fruits amers
    Affole les fils de la fange...
    — Cette soif qui te fit géant,
    Jusqu’à l’Être exalte l’étrange
    Toute-Puissance du Néant !
     
    *******************

     

    Déposé par Cochonfucius 

    Dieu a-t-il défendu, Dieu peut-il interdire ?
    De tout ce qu’il produit, il dit que c’est bien fait,
    Alors, comment un fruit peut-il être mauvais ?
    J’en ai mangé ce jour, il est bon, je peux dire

    Qu’un poète devrait le chanter sur sa lyre.
    Et sur l’intelligence, il a de tels effets
    Que j’entends mieux le monde, et vois mieux où je vais :
    Or, si tu en prenais, toi, Dame que j’admire

    Ton éclat deviendrait celui d’une comète,
    Rien ne l’égalerait sur toute la planète,
    Et tu en donnerais un peu à ton mari.

    Homme et femme, investis d’une grandeur divine,
    Mon coeur en y songeant s’exalte et s’illumine ;
    Plaisir qui ne sera, pour moi, jamais tari.

     

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