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  • LES HIRONDELLES

    LES HIRONDELLES.............

        Captif au rivage du Maure
        Un guerrier courbé sous ses fers
        Disait : « Je vous revois encore,
        Oiseaux ennemis des hivers.
        Hirondelles, que l’espérance
        Suit jusqu’en ces brillants climats,
        Sans doute vous quittez la France :
    De mon pays ne me parlez-vous pas ?
     
        « Depuis trois ans je vous conjure
        De m’apporter un souvenir
        Du vallon où ma vie obscure
        Se berçait d’un doux avenir.
        Au détour d’une eau qui chemine
        À flots purs, sous de frais lilas,
        Vous avez vu notre chaumine :
    De ce vallon ne me parlez-vous pas ?
     
        « L’une de vous peut-être est née
        Au toit où j’ai reçu le jour ;
        Là, d’une mère infortunée
        Vous avez dû pleurer l’amour.
        Mourante, elle croit à toute heure
        Entendre le bruit de mes pas ;
        Elle écoute, et puis elle pleure :
    De son amour ne me parlez-vous pas ?
     
        « Ma sœur est-elle mariée ?
        Avez-vous vu de nos garçons
        La foule, aux noces conviée,
        La célébrer dans leurs chansons ?
        Et ces compagnons du jeune âge,
        Qui m’ont suivi dans les combats,
        Ont-ils revu tous le village ?
    De tant d’amis ne me parlez-vous pas ?
     
        « Sur leurs corps l’étranger peut-être
        Du vallon reprend le chemin ;
        Sous mon chaume il commande en maître ;
        De ma sœur il trouble l’hymen.
        Pour moi plus de mère qui prie,
        Et partout des fers ici-bas.
        Hirondelles de ma patrie,
    De ses malheurs ne me parlez-vous pas ? »
     

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  • LE GRILLON

    AIR : Jacques


     
    Au coin de l’âtre où je tisonne
    En rêvant à je ne sais quoi,
    Petit grillon, chante avec moi,
    Qui, déjà vieux, toujours chansonne.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    Nos existences sont pareilles :
    Si l’enfant s’amuse à ta voix,
    Artisan, soldat, villageois,
    À la mienne ont charmé leurs veilles.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.

    Mais sous ta forme hétéroclite
    Un lutin n’est-il pas caché ?
    Vient-il voir si quelque péché
    Tient compagnie au vieil ermite ?
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    N’es-tu pas sylphe et petit page
    De quelque fée au doux pouvoir,
    Qui t’adresse à moi pour savoir
    À quoi le cœur sert à mon âge ?
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    Non ; mais en toi, je le veux croire,
    Revit un auteur qui, jadis,
    Mourut de froid dans son taudis
    En guettant un rayon de gloire.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    Docteur, tribun, homme de secte,
    On veut briller, l’auteur surtout.
    Dieu, servez chacun à son goût :
    De la gloire à ce pauvre insecte.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    La gloire ! est fou qui la désire :
    Le sage en dédaigne le soin.
    Heureux qui recèle en un coin
    Sa foi, ses amours et sa lyre !
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    L’envie est là qui nous menace.
    Guerre à tout nom qui retentit !
    Au fait, plus ce globe est petit,
    Moins on y doit prendre de place.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci,
     
    Ali ! si tu fus ce que je pense,
    Ris du lot qui t’avait tenté ;
    Ce qu’on gagne en célébrité,
    On le perd en indépendance.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     
    Au coin du feu, tous deux à l’aise,
    Chantant, l’un par l’autre égayés,
    Prions Dieu de vivre oubliés,
    Toi dans ton trou, moi sur ma chaise.
    Petit grillon, n’ayons ici,
    N’ayons du monde aucun souci.
     

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  • JEANNETTE

     

    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     
      Jeune, gentille, et bien faite,
      Elle est fraîche et rondelette ;
      Son œil noir est pétillant.
      Prudes, vous dites sans cesse
      Qu’elle a le sein trop saillant :
      C’est pour ma main qui le presse
      Un défaut bien attrayant.
     
    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     
      Tout son charme est dans la grâce ;
      Jamais rien ne l’embarrasse :
      Elle est bonne, et toujours rit.
      Elle dit mainte sottise,
      À parler jamais n’apprit ;
      Et cependant, quoi qu’on dise,
      Ma Jeannette a de l’esprit.
     
    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     
      À table dans une fête,
      Cette espiègle me tient tête
      Pour les propos libertins.
      Elle a la voix juste et pure,
      Sait les plus joyeux refrains.
      Quand je l’en prie, elle jure ;
      Elle boit de tous les vins.
     
    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     
      Belle d’amour et de joie,
      Jamais d’une riche soie
      Son corsage n’est paré.
      Sous une toile proprette
      Son triomphe est assuré ;
      Et, sans nuire à sa toilette,
      Je la chiffonne à mon gré.
     
    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     
      La nuit tout me favorise ;
      Point de voile qui me nuise,
      Point d’inutiles soupirs.
      Des deux mains et de la bouche
      Elle attise les désirs,
      Et rompit vingt fois sa couche
      Dans l’ardeur de nos plaisirs.
     
    Fi des coquettes maniérées !
    Fi des bégueules du grand ton !
    Je préfère à ces mijaurées
    Ma Jeannette, ma Jeanneton.
     

     

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  • PLUS DE VERS

    PLUS DE VERS...........

    AIR des Trois couleurs.


     
     
    Non, plus de vers, quelque amour qui m’anime :
    La règle et l’art m’échappent à la fois ;
    Un écolier sait mieux coudre la rime
    Au bout du vers mesuré sur ses doigts.
    Devant le ciel lorsque tout haut je cause
    Avec mon cœur, au fond des bois déserts,
    L’écho des bois ne me répond qu’en prose.
    Dieu ne veut plus que je fasse de vers.
     
    Dieu ne veut plus ! Et, comme aux fins d’automne,
    Le villageois, dans ses clos dépouillés,
    Regarde encor si l’arbre en sa couronne
    Ne cache pas quelques fruits oubliés,
    Je vais cherchant ; pour cela je m’éveille ;
    Mais l’arbre est mort, fatigué des hivers :
    Qu’il manquera de fruits à ma corbeille !
    Dieu ne veut plus que je fasse de vers.
     
    Dieu ne veut plus ! Et pourtant dans mon âme
    J’entends sa voix dire au peuple craintif :
    Lève ton front, peuple, je te proclame
    De la couronne héritier présomptif.
    Il dit : et moi, joyeux de prescience,
    Lorsque j’allais, par de nouveaux concerts,
    Peuple dauphin, t’instruire à la clémence,
    Dieu ne veut plus que je fasse de vers.
     

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  • Je vous envoie un bouquet que ma main
    Vient de trier de ces fleurs épanies ;
    Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,
    Chutes à terre elles fussent demain.
                 
    Cela vous soit un exemple certain
    Que vos beautés, bien qu’elles soient fleuries,
    En peu de temps cherront toutes flétries,
    Et, comme fleurs, périront tout soudain.
                 
    Le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame ;
    Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
    Et tôt serons étendus sous la lame ;
     
    Et des amours desquelles nous parlons,
    Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle.
    Pource aimez-moi cependant qu’êtes belle.

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  • LA FIANCÉE DU TIMBALIER

     Douce est la mort qui vient en bien aimant.
    DESPORTES, Sonnet.


    « Monseigneur le duc de Bretagne
    A, pour les combats meurtriers,
    Convoqué de Nante à Mortagne,
    Dans la plaine et sur la montagne,
    L’arrière-ban de ses guerriers.
     
    « Ce sont des barons dont les armes
    Ornent des forts ceints d’un fossé ;
    Des preux vieillis dans les alarmes,
    Des écuyers, des hommes d’armes ;
    L’un d’entre eux est mon fiancé.
     
    « Il est parti pour l’Aquitaine
    Comme timbalier, et pourtant
    On le prend pour un capitaine,
    Rien qu’à voir sa mine hautaine,
    Et son pourpoint, d’or éclatant !
     
    « Depuis ce jour, l’effroi m’agite.
    J’ai dit, joignant son sort au mien :
    — Ma patronne, sainte Brigitte,
    Pour que jamais il ne le quitte,
    Surveillez son ange gardien ! —
     
    « J’ai dit à notre abbé : — Messire,
    Priez bien pour tous nos soldats ! —
    Et, comme on sait qu’il le désire,
    J’ai brûlé trois cierges de cire
    Sur la châsse de saint Gildas.
     
    « À Notre-Dame de Lorette
    J’ai promis, dans mon noir chagrin,
    D’attacher sur ma gorgerette,
    Fermée à la vue indiscrète,
    Les coquilles du pèlerin.
     
    « Il n’a pu, par d’amoureux gages,
    Absent, consoler mes foyers ;
    Pour porter les tendres messages,
    La vassale n’a point de pages,
    Le vassal n’a point d’écuyers.
     
    « Il doit aujourd’hui de la guerre
    Revenir avec monseigneur ;
    Ce n’est plus un amant vulgaire ;
    Je lève un front baissé naguère,
    Et mon orgueil est du bonheur !
     
    « Le duc triomphant nous rapporte
    Son drapeau dans les camps froissé,
    Venez tous sous la vieille porte
    Voir passer la brillante escorte,
    Et le prince, et mon fiancé !
     
    « Venez voir pour ce jour de fête
    Son cheval caparaçonné,
    Qui sous son poids hennit, s’arrête,
    Et marche en secouant la tête
    De plumes rouges couronné !
     
    « Mes sœurs, à vous parer si lentes,
    Venez voir près de mon vainqueur,
    Ces timbales étincelantes
    Qui, sous sa main toujours tremblantes,
    Sonnent et font bondir le cœur !
     
    « Venez surtout le voir lui-même
    Sous le manteau que j’ai brodé.
    Qu’il sera beau ! c’est lui que j’aime !
    Il porte comme un diadème
    Son casque de crins inondé !
     
    « L’Égyptienne sacrilège,
    M’attirant derrière un pilier,
    M’a dit hier (Dieu nous protège !)
    Qu’à la fanfare du cortège
    Il manquerait un timbalier.
     
    « Mais j’ai tant prié, que j’espère !
    Quoique, me montrant de la main
    Un sépulcre, son noir repaire,
    La vieille aux regards de vipère
    M’ait dit : — Je t’attends là demain !
     
    « Volons ! plus de noires pensées !
    Ce sont les tambours que j’entends.
    Voici les dames entassées,
    Les tentes de pourpre dressées,
    Les fleurs et les drapeaux flottants.
     
    « Sur deux rangs le cortège ondoie.
    D’abord les piquiers aux pas lourds ;
    Puis, sous l’étendard qu’on déploie,
    Les barons, en robe de soie,
    Avec leurs toques de velours.
     
    « Voici les chasubles des prêtres ;
    Les hérauts sur un blanc coursier.
    Tous, en souvenir des ancêtres,
    Portent l’écusson de leurs maîtres,
    Peint sur leur corselet d’acier.
     
    « Admirez l’armure persane
    Des Templiers, craints de l’enfer ;
    Et, sous la longue pertuisane,
    Les archers venus de Lausanne,
    Vêtus de buffle, armés de fer.
     
    « Le duc n’est pas loin : ses bannières
    Flottent parmi les chevaliers ;
    Quelques enseignes prisonnières,
    Honteuses, passent les dernières... —
    Mes sueurs ! voici les timbaliers !... »
     
    Elle dit, et sa vue errante
    Plonge, hélas ! dans les rangs pressés ;
    Puis dans la foule indifférente,
    Elle tomba froide et mourante...
    — Les timbaliers étaient passés.
     

    Octobre 1825
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  • Le comte de Buffon fut bonhomme, il créa
    Ce jardin imité d’Évandre et de Rhéa
    Et plein d’ours plus savants que ceux de la Sorbonne,
    Afin que Jeanne y puisse aller avec sa bonne ;
    Buffon avait prévu Jeanne, et je lui sais gré
    De s’être dit qu’un jour Paris un peu tigré,
    Complétant ses bourgeois par une variante,
    La bête, enchanterait cette âme souriante ;
    Les enfants ont des yeux si profonds, que parfois
    Ils cherchent vaguement la vision des bois ;
    Et Buffon paternel, c’est ainsi qu’il rachète
    Sa phrase sur laquelle a traîné sa manchette,
    Pour les marmots, de qui les anges sont jaloux,
    A fait ce paradis suave, orné de loups.
     
    J’approuve ce Buffon. Les enfants, purs visages,
    Regardent l’invisible, et songent, et les sages
    Tâchent toujours de plaire à quelqu’un de rêveur.
     
    L’été dans ce jardin montre de la ferveur ;
    C’est un éden où juin rayonne, où les fleurs luisent,
    Où l’ours bougonne, et Jeanne et Georges m’y conduisent.
    C’est du vaste univers un raccourci complet.
    Je vais dans ce jardin parce que cela plaît
    À Jeanne, et que je suis contre elle sans défense.
    J’y vais étudier deux gouffres, Dieu, l’enfance,
    Le tremblant nouveau-né, le créateur flagrant,
    L’infiniment charmant et l’infiniment grand,
    La même chose au fond ; car c’est la même flamme
    Qui sort de l’astre immense et de la petite âme.
     
    Je contemple, au milieu des arbres de Buffon,
    Le bison trop bourru, le babouin trop bouffon,
    Des bosses, des laideurs, des formes peu choisies,
    Et j’apprends à passer à Dieu ses fantaisies.
    Dieu, n’en déplaise au prêtre, au bonze, au caloyer,
    Est capable de tout, lui qui fait balayer
    Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge,
    Livre au singe excessif la forêt, cette vierge,
    Et permet à Dupin de ressembler aux chiens.
    (Pauvres chiens !) — Selon l’Inde et les manichéens,
    Dieu doublé du démon expliquerait l’énigme ;
    Le paradis ayant l’enfer pour borborygme,
    La Providence un peu servante d’Ananké,
    L’infini mal rempli par l’univers manqué,
    Le mal faisant toujours au bien quelque rature,
    Telle serait la loi de l’aveugle nature ;
    De là les contresens de la création.
    Dieu, certe, a des écarts d’imagination ;
    Il ne sait pas garder la mesure ; il abuse
    De son esprit jusqu’à faire l’oie et la buse ;
    Il ignore, auteur fauve et sans frein ni cordeau,
    Ce point juste où La Harpe arrête Colardeau ;
    Il se croit tout permis. Malheur à qui l’imite !
    Il n’a pas de frontière, il n’a pas de limite ;
    Et fait pousser l’ivraie au beau milieu du blé,
    Sous prétexte qu’il est l’immense et l’étoilé ;
    Il a d’affreux vautours qui nous tombent des nues ;
    Il nous impose un tas d’inventions cornues,
    Le bouc, l’auroch, l’isard et le colimaçon ;
    Il blesse le bon sens, il choque la raison ;
    Il nous raille ; il nous fait avaler la couleuvre !
    Au moment où, contents, examinant son œuvre,
    Rendant pleine justice à tant de qualités,
    Nous admirons l’œil d’or des tigres tachetés,
    Le cygne, l’antilope à la prunelle bleue,
    La constellation qu’un paon a dans sa queue,
    D’une cage insensée il tire le verrou,
    Et voilà qu’il nous jette au nez le kangourou !
    Dieu défait et refait, ride, éborgne, essorille,
    Exagère le nègre, hélas, jusqu’au gorille,
    Fait des taupes et fait des lynx, se contredit,
    Mêle dans les halliers l’histrion au bandit,
    Le mandrille au jaguar, le perroquet à l’aigle,
    Lie à la parodie insolente et sans règle
    L’épopée, et les laisse errer toutes les deux
    Sous l’âpre clair-obscur des branchages hideux ;
    Si bien qu’on ne sait plus s’il faut trembler ou rire,
    Et qu’on croit voir rôder, dans l’ombre que déchire
    Tantôt le rayon d’or, tantôt l’éclair d’acier,
    Un spectre qui parfois avorte en grimacier.
    Moi, je n’exige pas que Dieu toujours s’observe,
    Il faut bien tolérer quelques excès de verve
    Chez un si grand poète, et ne point se fâcher
    Si celui qui nuance une fleur de pêcher
    Et courbe l’arc-en-ciel sur l’Océan qu’il dompte,
    Après un colibri nous donne un mastodonte !
    C’est son humeur à lui d’être de mauvais goût,
    D’ajouter l’hydre au gouffre et le ver à l’égout,
    D’avoir en toute chose une stature étrange,
    Et d’être un Rabelais d’où sort un Michel-Ange.
    C’est Dieu ; moi je l’accepte.
                                                      Et quant aux nouveau-nés,
    De même. Les enfants ne nous sont pas donnés
    Pour avoir en naissant les façons du grand monde ;
    Les petits en maillot, chez qui la sève abonde,
    Poussent l’impolitesse assez loin quelquefois ;
    J’en conviens. Et parmi les cris, les pas, les voix,
    Les ours et leurs cornacs, les marmots et leurs mères,
    Dans ces réalités semblables aux chimères,
    Ébahi par le monstre et le mioche, assourdi
    Comme par la rumeur d’une ruche à midi,
    Sentant qu’à force d’être aïeul on est apôtre,
    Questionné par l’un, escaladé par l’autre,
    Pardonnant aux bambins le bruit, la fiente aux nids,
    Et le rugissement aux bêtes, je finis
    Par ne plus être, au fond du grand jardin sonore,
    Qu’un bonhomme attendri par l’enfance et l’aurore,
    Aimant ce double feu, s’y plaisant, s’y chauffant,
    Et pas moins indulgent pour Dieu que pour l’enfant.
     

    12 septembre 1875.
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  • RONDE POUR LES ENFANTS

    RONDE POUR LES ENFANTS  

    Fillettes, les fleurs sont écloses,
                  Dansez, courons,
    Je suis ébloui par les roses
                  Et par vos fronts.
     
    Chez les fleurs vous êtes les reines ;
                  Nous le dirons
    Aux bois, aux prés, aux marjolaines,
                  Aux liserons.
     
    Avec l’oiselle l’oiseau cause,
                  Et s’interrompt
    Pour la quereller d’un bec rose,
                  Aux baisers prompt.
     
    Donnez-nous, gaietés éphémères,
                  Futurs tendrons,
    Beaucoup de baisers... — À vos mères
                  Nous les rendrons.
     

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