• SEIN DE BRANLÉE

    SEIN DE BRANLÉE.............Pierre Louÿs (1870-1925) 

    Le pauvre sein qu’elle a branlé d’un air distrait
    S’avachit jusqu’à la ceinture. La tétine
    Pend comme le pis blanc d’une chèvre qu’on trait
    Du bout des doigts, où le dard brun se ratatine.
     
    Sa rondeur s’est raidie entre les doigts baveux.
    Un afflux lourd de sang a gonflé sa chair grasse
    Et la chatouille exquise et fine des cheveux
    A soulevé les seins vers la bouche vorace.
     
    Mais au jour, après tous les spasmes assouvis,
    Quand le sein tombe avec les vulves et les vits
    Un haut-le-cœur descend des mamelles branlées.
     
    La jeune peau se fane en blanc, et le tétin
    Incapable d’essor au haut des chairs tremblées
    S’allonge et maigrit comme un pénis enfantin.
     

    4 février 91
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  • Si vous n’avez pas peur d’aimer .........Pierre Louÿs (1870-1925)

    Si vous n’avez pas peur d’aimer
    Laissez-vous baiser sur la bouche
    Laissez mes lèvres se fermer
    Sur votre chair franche et farouche.
     
    Si vous comprenez mes desseins
    Laissez-vous baiser, ô timide !
    Sur vos épaules, sur vos seins
    Laissez errer ma bouche humide.
     
    Et si vous êtes chaste, enfant,
    Laissez-moi plonger par secousse
    Mon doux visage triomphant
    Dans l’or tissé de votre mousse
     
    Où fleurit comme un pistil chaud
    Le clitoris dont il me chaut.
     

    24 mai 91.
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  • L’ENFANT ET LA CORDE

    L’ENFANT ET LA CORDE..FABLE................Victor  

    FABLE

              La main d’industrieux maçons
        Avait construit un grand échafaudage ;
    Une corde y pendait. Un jeune enfant peu sage,
    Bravant de ses parents les utiles leçons,
              Grimpe en jouant sur l’échafaud.
              « Bah ! dit-il, ce n’est pas si haut,
              Mon bon papa tremble sans cesse,
              Il a peur que je ne me blesse
              Quand il n’existe aucun danger.
    À la moindre voiture, il faut se déranger.
              Il pousse trop loin la prudence.
              Par exemple, il me fait défense
    De monter là-dessus. Cependant, quel bonheur
              De grimper à cette hauteur !
    Ah ! Dieu ! le beau pays ! la magnifique vue !
              Que je suis content d’être ici !
              J’y ferai monter quelque ami. »
    Bientôt apercevant la corde suspendue :
    « Voyons, ajoute-t-il, si j’aurai le courage
    De me laisser glisser le long de ce cordage. »
    Aussitôt fait que dit ; mais la corde en frottant
              Lui brûle les doigts vertement.
              La douleur lui fait lâcher prise ;
              Il dégringole jusqu’en bas,
              Se meurtrit le front et le bras,
              Puis, gémissant de sa sottise :
    « Ah ! maintenant, dit-il, on ne me verra plus
    Braver mon bon papa, ni monter là-dessus,
              Oui, j’eus grand tort, je le confesse,
              De tromper ainsi sa tendresse. »
     
              Désobéir à ses parents,
              C’est rendre ses chagrins plus grands.

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  • LE SOUTIEN DES EMPIRES

    LE SOUTIEN DES EMPIRES

     

    Puisque ce monde existe, il sied qu’on le tolère.
    Sachons considérer les êtres sans colère.
    Cet homme est le bourgeois du siècle où nous vivons.
    Autrefois il vendait des suifs et des savons,
    Maintenant il est riche ; il a prés, bois, vignobles.
    Il déteste le peuple, il n’aime pas les nobles ;
    Étant fils d’un portier, il trouve en ce temps-ci
    Inutile qu’on soit fils des Montmorency.
    Il est sévère. Il est vertueux. Il est membre,
    Ayant de bons tapis sous les pieds en décembre,
    Du grand parti de l’ordre et des honnêtes gens.
    Il hait les amoureux et les intelligents ;
    Il fait un peu l’aumône, il fait un peu l’usure ;
    Il dit du progrès saint, de la liberté pure,
    Du droit des nations : Je ne veux pas de ça !
    Il a ce gros bon sens du cher Sancho Pança
    Qui laisserait mourir à l’hôpital Cervantes ;
    Il admire Boileau, caresse les servantes,
    Et crie, après avoir chiffonné Jeanneton,
    À l’immoralité du roman feuilleton.
    À la messe où sans faute il va chaque dimanche,
    Il porte sous son bras Jésus doré sur tranche,
    La crèche, le calvaire et le Dies illa.
    — Non qu’entre nous je croie à ces bêtises-là,
    Nous dit-il. — S’il y va, cela tient à sa gloire,
    C’est que le peuple vil croira, le voyant croire,
    C’est qu’il faut abrutir ces gens, car ils ont faim,
    C’est qu’un bon Dieu quelconque est nécessaire enfin.
    Là-dessus, rangez-vous, le suisse frappe, il entre,
    Il étale au banc d’œuvre un majestueux ventre,
    Fier de sentir qu’il prend, dans sa dévotion,
    Le peuple en laisse et Dieu sous sa protection.
     

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  • DÉNONCIATION DE L’ESPRIT DES BOIS

    DÉNONCIATION DE L’ESPRIT DES BOIS............Victor Hugo (1802-1885)

    J’ai vu ton ami, j’ai vu ton amie ;
    Mérante et Rosa ; vous n’étiez point trois.
    Fils, ils ont produit une épidémie
    De baisers parmi les nids de mon bois.
     
    Ils étaient contents, le diable m’emporte !
    Tu n’étais point là. Je les regardais.
    Jadis on trompait Jupin de la sorte ;
    Car parfois un dieu peut être un dadais.
     
    Moi je suis très laid, j’ai l’épaule haute,
    Mais, bah ! Quand je peux, je ris de bon cœur.
    Chacun a sa part ; on plane, je saute ;
    Vous êtes les beaux, je suis le moqueur.
     
    Quand le ciel charmant se mire à la source,
    Quand les autres ont l’âme et le baiser,
    Faire la grimace est une ressource.
    N’étant pas heureux, il faut s’amuser.
     
    Je dois t’avertir qu’un bois souvent couvre
    Des détails, piquant pour Brantôme et Grimm,
    Que les yeux sont faits pour qu’on les entrouvre,
    Fils, et qu’une absence est un intérim.
     
    Un cœur parfois trompe et se désabonne.
    Qui veille a raison. Dieu, ce grand Bréguet,
    Fit la confiance, et, la trouvant bonne,
    L’améliora par un peu de guet.
     
    Tu serais marmotte ou l’un des Quarante
    Que tu ne pourrais dormir mieux que ça
    Pendant que Rosa sourit à Mérante,
    Pendant que Mérante embrasse Rosa.
     

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  • CHANSON DE GRAND-PÈRE

    CHANSON DE GRAND-PÈRE...........Victor...Hugo (1802-1885)

    Dansez, les petites filles,
        Toutes en rond.
    En vous voyant si gentilles,
        Les bois riront.
     
    Dansez, les petites reines,
        Toutes en rond.
    Les amoureux sous les frênes
        S’embrasseront.
     
    Dansez, les petites folles,
        Toutes en rond.
    Les bouquins dans les écoles
        Bougonneront.
     
    Dansez, les petites belles,
        Toutes en rond.
    Les oiseaux avec leurs ailes
        Applaudiront.
     
    Dansez, les petites fées,
        Toutes en rond.
    Dansez, de bleuets coiffées,
        L’aurore au front.
     
    Dansez, les petites femmes,
        Toutes en rond.
    Les messieurs diront aux dames
        Ce qu’ils voudront.
     

    Nuit du 26 au 27 novembre 1876.
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  • EFFET DE NUIT

    EFFET DE NUIT................Paul Verlaine (1844-1896)

    La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
    De flèches et de tours à jour la silhouette
    D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
    La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
    Secoués par le bec avide des corneilles
    Et dansant dans l’air noir des gigues nonpareilles,
    Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
    Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
    Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
    Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
    Et puis, autour de trois livides prisonniers
    Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
    En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
    Luisent à contresens des lances de l’averse.
     

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