• Prière

    Prière..........Anna de Noailles

    Si un jour, aux derniers instants de ma vie, je dois expier les péchés de la magnifique jeunesse, son outrecuidance radieuse, ses rires ouverts, son ingénue malveillance, sa démarche de despote, ses décisions sans scrupule, ses obstinations et ses dédains, – et que ces puissants méfaits de l’irréflexion viennent plaider contre moi, veuillez, ô Destin, opposer à ces images d’un crime ravissant toutes les détresses de votre créature ! Évoquez sa patience suffocante, sa constatation du malheur lente et sûre comme l’envahissement d’un insidieux venin, les tempêtes de l’esprit et du corps, comprimées par de faibles mains appuyées sur un cœur bondissant. Considérez dans son martyre spirituel cet être qui gît les yeux clos, disloqué comme la victime d’un accident brutal qui ne nécessite plus ni attention ni secours. Dénombrez les coups de couteau de la hideuse déception dans l’imagination humaine acharnée au plaisir, qui, comme vous, est divin, robuste et créateur. Auscultez ce désert songeur où alternent le rêle et le silence. Apitoyez-vous sur la douleur qui appelle non seulement la mort, mais une mort disgraciée, et recevez, ô Monde, ce poids de rêve piétiné dans le paradis sans conscience de votre vaine éternité !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Like Nina

    Like Nina..........

    Red coat and flats
              like Nina it's the eyes
    green hint of light

    crackle of points
    like solo piano

    rid the organiser
    of clutter
              ignore foreign language
    eat salad

    move lavender paper
    its role is defined

    like tunnel fluorescents
              it is combined
    with necessity and emptiness

    bundles of rags
              dockside wait to be shipped

    follow the wake

    four minutes between
              descent its
    like the Fens I imagine
    field recordings

    pastoral urban
             within covers

    within conversation
            she is called
    beautiful
     

     

     

    Comme Nina

     

    Manteau rouge et ballerines
                    comme Nina ce sont les yeux
    aux étincelles vertes

    crépitement de points
    comme solo au piano

    débarrasser l’agenda
    du fouillis
                ne pas connaître de langues étrangères
    manger de la salade

    déplacer le papier lavande
    son rôle est défini
    comme les tunnels aux panneaux de néon
                            fusion
    de la nécessité et du vide

    paquets de chiffons
                attendent l’embarquement aux quais

    suivent le sillage
    quatre minutes à attendre
                      la descente ce sont
    comme les plaines marécageuses je m’imagine
    des enregistrements sur le terrain

    pastoral urbain
                  entre couvertures

    en conversation
         on la nomme
    belle.

    Snap écossais  
    Révéler la mécanique
                de la mémoire
                                             le courant

    Le vert se déroule devant nous
            Sean est à la quête du soleil
    dradny cherche l’ombre

    les arbres poussent en tunnels verticaux
    cinq flèches percent le ciel

    Signal stéréo condensé
            enregistre la jacasserie vide de sens
    coupe courte

    brises passagères
         sycamore

    les pieds au repos
                          col de chemise boutonné

    piste sur le terrain
    pourrait se trouver en Europe continentale
    et non
                      à Northamptonshire

     

     Interprété en français par Elizabeth Brunazzi

    **********************

    Andrew Taylor est un poète de Liverpool et co-éditeur d'erbacce et de erbacce-press.Après plusieurs brochures de poésie, sa première collection complète vient de Shearsman. Des poèmes apparaissent récemment dans Poetry Wales, Otoliths et Alligator Stew. Il a un doctorat en poésie et en poétique et enseigne actuellement l'écriture créative à l'Université Edge Hill.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Comptine du vieil enfant

    Comptine du vieil enfant............Andreea-Maria Lemnaru

    Je souris et je pleure en cascades
    Comme un enfant qui n’a jamais vu la mer

    Je ne suis pas guéri des mots de têtes

    Ni des mots de cœur d’ailleurs

    Le souffle me manque partout où je vais
    
Et lorsque j’entends un souvenir s’approcher à pas furtifs

    Mes yeux se ferment au monde entier

    ***************************

    Née en 1991 à Bucarest, en pays Dace, au cours d'un soir jupitérien fleurant bon le muguet. 
     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Au ciel du fond des eaux

    Au ciel du fond des eaux.......Andreea-Maria Lemnaru.

    Au creux du ciel au fond de l’océan,
    Sous l’Aether des vies et la terre des meurtres
    Git l’or gris des maitres et leur temps neutre
    Dont la barbe ondoie à l’écume des vents
    Une étoile aternie rêve aux âges blancs
    Lorsque le prisme du givre sonnait encor
    L’écho nébuleux de son scintillement
    Mais bientôt l’hiver couvrira les morts
    Lors se tisse le linceul des géants
    Plaine qui fut des astres l’occultation
    Des hommes valsent au gré des courants
    Les nefs s’affolent de nouveaux horizons
    Mais voilà que s’élève une lune de sang
    Et fait son miroir de la grêle sur grève
    Quand se constellent alors que tout s’achève
    Quelques rouges traces d’un au-delà vivant

    *******************************

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • RETROUVANT LA VUE

    RETROUVANT LA VUE................André Ughetto

    Leur cécité ne les arrête pas.
    Nécessité d'aller au levant de soi
    attise un rougeoiement
    en leur courage charbonneux.

    A mains amies se confie leur dérive,
    étoiles charnue dans l'obscurité mère :
    avaient   elles jadis au caducée
    conduit des ombres pèlerines vers l'Hadès ?

    Un masque simplifie leur souffle.
    Candidats à la transparence,
    ils doivent perforer
    l'épaisseur du sommeil ;

    se mouvoir sur de hauts   fonds
    amniotiques,
    considérer sans peur de pulsantes forêts,
    et verticales ressentir les routes de Colchide.

    Or, qui les exhorte,
    la voix accroît leur sang,
    amasse leur vigueur :
    Parole, flèche vertébrale.

    A l'espère de leurs cœurs forgerons
    s'offre l'aurore aux dardantes épées :
    le bandeau de leur âme aujourd'hui est levé.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • AMITIÉ DU CENTAURE

    AMITIÉ DU CENTAURE...........André Ughetto

    Adolescent jeté au front rocheux de la nuit,
    je le sais, on soudoie ta révolte, on commerce
    à l'auvent de ton sourire.  Tuniques de nuées
    se divisent tes rêves, aux clameurs du réel
    qui parie sur toi.

    La main de l'obscurité se pose à ton épaule,
    joaillière d'un luxe noir.
    Ne va pas croire, sous sa pression captieuse,
    que si facilement d'un sommeil visionnaire
    s'exhausse une contrée de pierreries
    et de paroles.  Ne retiens des mirages
    que l'énigme imagée.  Tamise l'or
    par la dépossession.  Ne laisse pas
    un buvard de ténèbres goulûment te lamper.

    Dans la minière du matin ouvre les yeux, natifs,
    et par les galeries aux rayonnants carrefours
    rejoins l'étoile
    de toi même.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L’OBJECTIF DE JEAN-JACQUES

    L’OBJECTIF DE JEAN-JACQUES.............André Ughetto

    Lorsque le strass s’éteint dont s’habillait la nuit,
    que le fleuve soleil remet en mouvement
    les aubes de l’action dans le moulin du rêve,
    tu viens dans le jour neuf à pas précautionneux
    relever l’inscription des nocturnes dépôts
    que la vague a versés à la banque des plages.

    Toutes les transactions, par flux et par reflux,
    eurent lieu dans le temps de ton sommeil léger,
    ô méditant qui vas cherchant la clef de l’être -
    quête insensée où s’outrepasse le sensible - :
    est-elle en l’infini d’extrême petitesse
    ou détenue par le cosmique illimité ?

    Or te voici penché sur l’abyme du sable
    capturant en pixels ses quartz et ses micas.
    Le Hasard – un des noms du désordre quantique
    lorsqu’une onde est en grain de matière changée -
    sur l’humide tableau fait glisser des images,
    création effacée peu après l’arrivage.

    Dans la mobilité de leur dessins friables
    contemple les essais de formes innombrables
    que la Nature fait confirmant Empédocle :
    « De l’Un sort le Multiple et du Multiple l’Un ».
    Nous fûmes ce poisson que la mer a pétri
    Suivant le gabarit de l’ancêtre archaïque.

    C’est un nuage aussi d’errantes particules
    qui se décline en chromatismes incertains.
    Je te loue de vouloir fixer le transitoire,
    par de l’instantané instaurer le durable,
    détournant à La Pointe Rouge sur sa rive
    le ressac du cliché de la vie fugitive.

    **********************************

     Né en 1942 à l’Isle-sur-la-Sorgue.

     

     

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Sur la route des signes

    Sur la route des signes.............André Chenet.

    à André Laude

    J'ai repris la route des signes
    je réalise la prophétie
    sur la peau trouée du monde
    je ne suis plus seul
    au matin dans les bras du soleil
    sur la barque des reflets du fleuve
    j'ai ouvert le livre des feuillages
    ai découvert un alphabet d'oiseaux
    la précieuse écriture des gestes naturels
    dans les flux et reflux du temps
    des sages interdits de cité
    chuchotent à mes oreilles
    les souffles modulés de l'impermanence
    je reste attentif au poème
    je déchiffre les oracles de la souffrance
    pour que plus jamais - jamais plus -
    la guerre n'abatte
    ses haches de haine sur nos territoires de rêve.

       1er Juillet 95 (Inédit)

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Coeur de corbeau

    Coeur de corbeau................André Chenet

    coeur de corbeau battant
    comme un minuscule tambour
    sur ta robe de sang déchirée

    et ta poitrine peau de la lumière
    exalte ses roses ourlées d'aurore humide
    des poignards de plaisir remontent
    les effluves et les chorus de ton ventre

    tu te cambres décisive
    comme un long poisson bleu
    sur les planches gluantes d'un bateau

    et celui qui te regarde mourir
    a le front mortellement mouillé
    d'un embrun plus épais
    que la nuit crépusculaire de ton sexe.

      Worthing/ GB - 1983 - (Inédit)

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires