• Halloween 2016, 2017 et 2018 - Date et origine

    Citrouilles d'Halloween

    Dates d'Halloween

    Halloween est prévue aux dates suivantes :

    • lundi 31 octobre 2016
    • mardi 31 octobre 2017
    • mercredi 31 octobre 2018

    La date est fixe, chaque année elle a lieu le 31 octobre.

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    Origine d'Halloween

    Le terme Halloween est l'abréviation anglaise d'"All Hallow's Eve", qui pourrait être traduite comme la veille de Tous les Saints ou la veille de la Toussaint1. Cette fête où l'on peut croiser des zombies, des vampires et autres déguisements effrayants, est en fait un héritage celtique d'une fête très ancienne, la fête de Samhain.

    L'héritage d'une fête celtique

    La fête de Samhain, Samain ou encore Samonios, est une célébration païenne et celtique qui commémorait la fin des moissons, la fin de l'été et le début de la saison courte (appelée la saison sombre en opposition avec la saison claire). Elle existe depuis environ 2500 ans et était fêtée le 31 octobre, qui correspondait au dernier jour de l'année du calendrier celte2. Lors de cette célébration, les druides priaient les Dieux pour les remercier des récoltes de l'année écoulée et afin qu'ils assurent leur protection durant l'hiver3.

    La fête durait 7 jours, 3 jours avant la Samhain et 3 jours après, et était obligatoire. Elle avait pour but d'accueillir la nouvelle année, mais aussi les défunts, autorisés à rendre visite aux vivants ce seul jour de l'année4. Les disparus étaient honorés par un grand repas et avaient leur place à table1.

    Les druides allumaient des feux sacrés pour faire revenir le soleil et chasser les mauvais esprits. Chaque habitant emportait chez lui une part de ce feu sacré pour allumer un foyer nouveau dans sa maison. La citrouille utilisée aujourd'hui comme lanterne pourrait rappeler les réceptacles utilisés pour ramener le feu chez soi5, et qui étaient peut-être à l'origine des navets2.

    Reprise par les Romains puis par les catholiques

    Quelques siècles plus tard, l'Empire romain a étendu son influence jusque dans les territoires celtiques : la fête de Samhain sera peu à peu remplacée par une célébration à la fin des moissons en l'honneur de Pomona, déesse des arbres fruitiers3. La fête en l'honneur des disparus a cependant lieu le 21 février, dans le cadre de la célébration des Feralia2.

    AU IVe siècle, la religion chrétienne devient obligatoire dans tout l'Empire. Les fêtes païennes sont lentement remplacées par des fêtes religieuses : la Toussaint est célébrée dans un premier temps au temps pascal. Plus tard, au VIIIe siècle, le pape Grégoire III la fixa à la date du 1er novembre. Les coutumes païennes persistèrent et Halloween, signifiant la veille de tous les saints, était fêtée le 31 octobre5.

    Un folklore irlandais exporté aux États-Unis

    En Irlande, mais aussi en Écosse et au Pays de Galles, la célébration de Halloween a perduré. Vers 1600, la tradition était d'installer devant chez soi un navet dans lequel on avait placé une chandelle pour guider les âmes. Pour effrayer les mauvais esprits, des visages grimaçants étaient découpés dans les navets2.

    Au XIXe siècle, une grande famine s'est abattue sur l'Irlande. De nombreux Irlandais émigrèrent aux États-Unis emportèrent avec eux cette coutume : les citrouilles illuminées ont remplacé les navets5.

    L'emploi de courge utilisée comme lanterne rappelle une autre légende irlandaise associée à l'étrange et aux mauvais esprits : la légende de Jack O'Lantern. Jack O'Lantern était un ivrogne cruel et méchant qui aurait joué aux cartes avec le diable. Plusieurs versions existent : dans l'une d'elles, le fait d'avoir gagné contre le diable lui assure de ne jamais aller en enfer. Dans une autre version, il aurait trompé plusieurs fois le diable qui cherchait à avoir son âme en lui jouant des mauvais tours.

    À sa mort, Jack O'Lantern ne put entrer au paradis, les portes étant closes. Il ne fut pas non plus accueilli en enfer, le diable lui ayant fait la promesse de ne jamais aller en enfer. Destiné à errer jusqu'à la fin des temps, Jack a demandé au diable une lanterne pour s'éclairer. Il lui fournit un navet et des braises qui lui servirent de torche6.

    Trick or Treat

    Durant Halloween, les enfants, déguisés de manière effrayante, font du porte-à-porte en annonçant cette formule pour avoir quelques friandises5. S'ils ne récoltent rien, ils sont autorisés à faire une farce.

    Les origines de la coutume Trick or Treat (un mauvais tour ou un cadeau) sont méconnues. Cette pratique était fermement ancrée dans la culture américaine dès 1950, puisqu'on la retrouve dans le comic strip Peanuts, plus connu sous le nom Snoopy et les Peanuts, ainsi qu’un épisode de Disney avec Donald Duck, nommé "Trick or Treat". Ceci dit, on retrouve dans certaines traditions celtiques de la Samhain des pratiques de déguisement, à l'aide de peaux d'animaux7.

    Au moyen-âge apparait la pratique du mumming dans les îles britanniques, qui consiste à se déguiser et à effectuer des pitreries en échange de nourriture ou de boisson. La Toussaint et la fête des Morts dans les pays celtiques conservaient aussi certains rituels de la Samhain : les pauvres frappaient aux portes des maisons riches et recevaient des soul cakes (gâteaux d'âme) en promesse de prières aux disparus de la maison. Cette pratique appelée souling a été par la suite confiée aux enfants7.

    En Écosse et en Irlande, les jeunes suivaient une pratique appelée guising : ils se déguisaient et demandaient des cadeaux de porte-à-porte. Au lieu de s'engager à prier pour les défunts, ils récitaient un poème, chantaient une chanson ou réalisaient un "tour" avant de réclamer leur cadeau, qui était le plus souvent un fruit sec ou une pièce7.

    Aujourd'hui, Halloween est une fête nationale aux États-Unis et la seconde fête la plus rentable, après Noël. En France, elle est apparue à la fin des années 1990, mais n'a pas le même succès qu'outre Atlantique.

    Célébration d'Halloween

    Ce jour-là, les enfants arborent des déguisements terrifiants et sonnent à toutes les portes pour demander des friandises. Les mamans sont mises à contribution pour la préparation de nos Sorcières, Dracula et chauve-souris d'un soir. Une citrouille est évidée afin de représenter un visage. Une bougie est placée en son centre afin de compléter l'emblème de ce jour.

    Halloween dans le monde

    • En Irlande, la fête de Samhain reste populaire dans tout le pays. La ville la plus imprégnée des festivités reste Londonderry qui voit chaque année se dérouler un magnifique défilé.
    • À Hawaï, lors de la fête d'Halloween, le centre culturel polynésien organise à la nuit tombée une excursion sur le lagon. Sur des barques, l'on y découvre alors les mystères d'une maison hantée.
    • En Transylvanie, le pays de Dracula propose des bals costumés, visites et chasses aux sorcières dans les châteaux des Carpates. De très nombreuses animations sont aussi organisées dans la ville de Sighisoara.
    • Aux États-Unis, dans la ville de New-york est organisée la "world famous pumpkin race" qui permet à qui le souhaite de transformer une citrouille en petit bolide à roulettes. Ces dernières descendront la pente jusqu'à la mer pour finalement être dégustées.
    • À la Nouvelle-Orléans, c'est tout le mois d'octobre qui est à la fête avec des défilés et décorations de circonstance sur les murs des maisons. Le Voodoo Music Experiment clôt le tout avec des concerts partout dans la ville qui rassemblent de nombreux artistes internationaux.
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  • La rose de l’absent

    La rose de l’absent.........Gaston Couté

    (Légende du Moyen Age)

    Le beau chevalier était à la guerre…
    Le beau chevalier avait dit adieu
    A sa dame aimée, Anne de Beaucaire
    Aux yeux plus profonds que le grand ciel bleu.

    Le beau chevalier, à genoux près d’elle,
    Avait soupiré, lui baisant la main :
     » Je suis tout à vous ! soyez-moi fidèle ;
    A bientôt !… je vais me mettre en chemin.  »

    Anne répondit avec un sourire :
     » Toujours, sur le Christ ! je vous aimerai,
    Emportez mon coeur ! allez, mon beau sire,
    Il vous appartient tant que je vivrai.  »

    Alors, le vaillant, tendant à sa dame
    Une rose blanche en gage d’amour,
    S’en était allé près de l’oriflamme
    De son Suzerain, duc de Rocamour.

    Le beau chevalier était à la guerre…
    Anne, la perfide aux yeux de velours,
    Foulant son naÏf serment de naguère,
    Reniait celui qui l’aimait toujours ;

    Et, sa blanche main dans les boucles folles
    D’un page mignard, elle murmurait
    Doucement, tout bas, de tendres paroles
    A l’éphèbe blond qui s’abandonnait.

    Mais, soudain, voulant respirer la rose
    Du fier paladin oublié depuis,
    Elle eut peur et vit perler quelque chose
    De brillant avec des tons de rubis.

    Cela s’étendait en tache rougeâtre
    Sur la fleur soyeuse aux pétales blancs
    Comme ceux des lis et comme l’albâtre…
    La rose échappa de ses doigts tremblants ;

    La rose roula tristement par terre…
    Une voix alors sortit de son coeur ;
    Cette voix était la voix du mystère,
    La voix du reproche et de la douleur.

     » Il est mort, méchante, il est mort en brave !
    Et songeant à toi, le beau chevalier ;
    Son âme est au ciel, chez le bon Dieu grave
    Et doux, où jamais tu n’iras veiller ;

    Où tu n’iras pas, même une seconde,
    Car ta lèvre doit éternellement
    Souffrir et brûler, par dans l’autre monde,
    Au feu des baisers d’un démon méchant…  »

    Et la voix se tut sous le coup du charme,
    La fleur se flétrit, Anne, se baissant
    N’aperçut plus rien, plus rien qu’une larme
    Avec une goutte épaisse de sang.

    Gaston Couté

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  • La Rosée

    La Rosée...........Thibault Desbordes

    Je m’allongeai sous la fraîche odeur des tilleuls,
    Une rosée au bras, un pied dans les glaïeuls,
    L’esprit clair. Couché sous ce vent, les yeux ouverts,
    Je suivais une abeille, un dernier primevère.

    Le ciel dansait dans un cadre mouvant d’herbe ;
    Et la rosée observa de sa jolie voix :
    « Il a les joues encore plus pourpres que moi. »
    Je souris ; cachée sous les ondoiements superbes

    Des cheveux de l’été envahis de pénombre,
    Sa main pris la mienne. Deux est un si beau nombre !
    Des trilles allègres me parvenaient de loin.

    Nous nous regardâmes d’un malicieux humour ;
    Engourdi de vigueurs, nos deux jeunes corps joints,
    Je succombai au violent élan de l’amour !

    Thibault Desbordes

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  • La séparation

    La séparation..........Nashmia Noormohamed

    Nous oublions bien trop souvent,
    Que notre temps nous est compté,
    Les vieux amis se retrouvant,
    Il leur faudra bien se quitter.

    Nous vivons dans chaque journée,
    Si certains de nos lendemains,
    En croyant ces cieux azurés,
    Qui nous prêtent serment en vain.

    Nous changeons au détour du temps,
    Sans voir que nous nous éloignons,
    De ce que nous voulions enfants,
    Et ce, non sans hésitation.

    Nous nous cherchons parfois longtemps,
    Dans la pénombre, dans le noir,
    Suivant notre amour, ce fil blanc,
    Assaillis de doutes, illusoires.

    Nous pensons amour éternel,
    Nous rêvons tant de l’âme sœur,
    Sûrs, si sûrs, que notre fiel,
    Jamais éloignerait nos coeurs.

    Nous nous séparons un été,
    Étant sûrs de se retrouver,
    Nos destins croisés, à jamais,
    Entremêlés, disséminés.

    Nous partons dans cet univers,
    À la découverte des uns,
    Et des autres, sans se faire,
    D’illusions… rêves opportuns.

    Quand vient le temps de se quitter,
    Les mots nous manquent, pour partir (s’ouvrir),
    Quand nos vies suivent des tracés,
    Autres, nos coeurs en pleurs (sans mots) soupirent.

    Nashmia Noormohamed, 2016

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  • La seule

    La seule.......Kamal Zerdoumi

    Quand je vivais dans le gris
    tu te penchais sur mon berceau
    présence qui n’a pas de prix
    et me suivra jusqu’au tombeau
    Un jour mes yeux ont reconnu
    ton visage
    ce monde de tendresse nue
    cet unique paysage
    qui muet nous dit
    ce que nous sommes
    des êtres maudits
    ou la grandeur de l’Homme
    Ici ou ailleurs
    dans un monde dit meilleur
    tu veilles toujours sur tes enfants
    innocents ou assoiffés de sang
    toi qui accueilles le Bien et le Mal
    Amour qui jamais
    ne se dément
    maman qui trouve normal
    que l’on soit sages ou déments
    tu n’as point ton égale
    dans le chaos du monde
    toi, cette mer étale
    dans le tohu – bohu immonde

    Kamal Zerdoumi

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  • Le Baiser

    Le Baiser....Anna de Noailles

    Couples fervents et doux, ô troupe printanière !
    Aimez au gré des jours.
    — Tout, l’ombre, la chanson, le parfum, la lumière
    Noue et dénoue l’amour.

    Épuisez, cependant que vous êtes fidèles,
    La chaude déraison,
    Vous ne garderez pas vos amours éternelles
    Jusqu’à l’autre saison.

    Le vent qui vient mêler ou disjoindre les branches
    A de moins brusques bonds
    Que le désir qui fait que les êtres se penchent
    L’un vers l’autre et s’en vont.

    Les frôlements légers des eaux et de la terre,
    Les blés qui vont mûrir,
    La douleur et la mort sont moins involontaires
    Que le choix du désir.

    Joyeux, dans les jardins où l’été vert s’étale
    Vous passez en riant,
    Mais les doigts enlacés, ainsi que des pétales
    Iront se défeuillant.

    Les yeux dont les regards dansent comme une abeille
    Et tissent des rayons,
    Ne se transmettront plus d’une ferveur pareille
    Le miel et l’aiguillon,

    Les cœurs ne prendront plus comme deux tourterelles
    L’harmonieux essor,
    Vos âmes, âprement, vont s’apaiser entre elles,
    C’est l’amour et la mort…

    Anna de Noailles, Le Cœur innombrable, 1901

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  • Le Labyrinthe

    Le Labyrinthe...........Renée Vivien

    J’erre au fond d’un savant et cruel labyrinthe…
    Je n’ai pour mon salut qu’un douloureux orgueil.
    Voici que vient la Nuit aux cheveux d’hyacinthe,
    Et je m’égare au fond du cruel labyrinthe,
    Ô Maîtresse qui fus ma ruine et mon deuil.

    Mon amour hypocrite et ma haine cynique
    Sont deux spectres qui vont, ivres de désespoir ;
    Leurs lèvres ont ce pli que le rictus complique :
    Mon amour hypocrite et ma haine cynique
    Sont deux spectres damnés qui rôdent dans le soir.

    J’erre au fond d’un savant et cruel labyrinthe,
    Et mes pieds, las d’errer, s’éloignent de ton seuil.
    Sur mon front brûle encor la fièvre mal éteinte…
    Dans l’ambiguïté grise du Labyrinthe,
    J’emporte mon remords, ma ruine et mon deuil…

    Renée Vivien, La Vénus des aveugles

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  • Le mur

    Le mur........Guy de Maupassant

    Les fenêtres étaient ouvertes. Le salon
    Illuminé jetait des lueurs d’incendies,
    Et de grandes clartés couraient sur le gazon
    Le parc, là-bas, semblait répondre aux mélodies
    De l’orchestre, et faisait une rumeur au loin.
    Tout chargé des senteurs des feuilles et du foin,
    L’air tiède de la nuit, comme une molle haleine,
    S’en venait caresser les épaules, mêlant
    Les émanations des bois et de la plaine
    A celles de la chair parfumée, et troublant
    D’une oscillation la flamme des bougies.
    On respirait les fleurs des champs et des cheveux.
    Quelquefois, traversant les ombres élargies,
    Un souffle froid, tombé du ciel criblé de feux,
    Apportait jusqu’à nous comme une odeur d’étoiles.

    Les femmes regardaient, assises mollement,
    Muettes, l’oeil noyé, de moment en moment
    Les rideaux se gonfler ainsi que font des voiles,
    Et rêvaient d’un départ à travers ce ciel d’or,
    Par ce grand océan d’astres. Une tendresse
    Douce les oppressait, comme un besoin plus fort
    D’aimer, de dire, avec une voix qui caresse,
    Tous ces vagues secrets qu’un coeur peut enfermer.
    La musique chantait et semblait parfumée ;
    La nuit embaumant l’air en paraissait rythmée,
    Et l’on croyait entendre au loin les cerfs bramer.
    Mais un frisson passa parmi les robes blanches ;
    Chacun quitta sa place et l’orchestre se tut,
    Car derrière un bois noir, sur un coteau pointu,
    On voyait s’élever, comme un feu dans les branches,
    La lune énorme et rouge à travers les sapins.
    Et puis elle surgit au faîte, toute ronde,
    Et monta, solitaire, au fond des cieux lointains,
    Comme une face pâle errant autour du monde.

    Chacun se dispersa par les chemins ombreux
    Où, sur le sable blond, ainsi qu’une eau dormante,
    La lune clairsemait sa lumière charmante.
    La nuit douce rendait les hommes amoureux,
    Au fond de leurs regards allumant une flamme.
    Et les femmes allaient, graves, le front penché,
    Ayant toutes un peu de clair de lune à l’âme.
    Les brises charriaient des langueurs de péché.

    J’errais, et sans savoir pourquoi, le coeur en fête.
    Un petit rire aigu me fit tourner la tête,
    Et j’aperçus soudain la dame que j’aimais,
    Hélas ! d’une façon discrète, car jamais
    Elle n’avait cessé d’être à mes voeux rebelle :
    « Votre bras, et faisons un tour de parc », dit-elle.

    Elle était gaie et folle et se moquait de tout,
    Prétendait que la lune avait l’air d’une veuve :
    « Le chemin est trop long pour aller jusqu’au bout,
    Car j’ai des souliers fins et ma toilette est neuve ;
    Retournons. » Je lui pris le bras et l’entraînai.
    Alors elle courut, vagabonde et fantasque,
    Et le vent de sa robe, au hasard promené,
    Troublait l’air endormi d’un souffle de bourrasque.
    Puis elle s’arrêta, soufflant ; et doucement
    Nous marchâmes sans bruit tout le long d’une allée.
    Des voix basses parlaient dans la nuit, tendrement,
    Et, parmi les rumeurs dont l’ombre était peuplée,
    On distinguait parfois comme un son de baiser.
    Alors elle jetait au ciel une roulade !
    Vite tout se taisait. On entendait passer
    Une fuite rapide ; et quelque amant maussade
    Et resté seul pestait contre les indiscrets.

    Un rossignol chantait dans un arbre, tout près,
    Et dans la plaine, au loin, répondait une caille.

    Soudain, blessant les yeux par son reflet brutal,
    Se dressa, toute blanche, une haute muraille,
    Ainsi que dans un conte un palais de métal.
    Elle semblait guetter de loin notre passage.
    « La lumière est propice à qui veut rester sage,
    Me dit-elle. Les bois sont trop sombres, la nuit.
    Asseyons-nous un peu devant ce mur qui luit. »
    Elle s’assit, riant de me voir la maudire.
    Au fond du ciel, la lune aussi me sembla rire !
    Et toutes deux d’accord, je ne sais trop pourquoi,
    Paraissaient s’apprêter à se moquer de moi.

    Donc, nous étions assis devant le grand mur blême ;
    Et moi, je n’osais pas lui dire : « Je vous aime ! »
    Mais comme j’étouffais, je lui pris les deux mains.
    Elle eut un pli léger de sa lèvre coquette
    Et me laissa venir comme un chasseur qui guette.

    Des robes, qui passaient au fond des noirs chemins,
    Mettaient parfois dans l’ombre une blancheur douteuse.

    La lune nous couvrait de ses rayons pâlis
    Et, nous enveloppant de sa clarté laiteuse,
    Faisait fondre nos coeurs à sa vue amollis.
    Elle glissait très haut, très placide et très lente,
    Et pénétrait nos chairs d’une langueur troublante.

    J’épiais ma compagne, et je sentais grandir
    Dans mon être crispé, dans mes sens, dans mon âme,
    Cet étrange tourment où nous jette une femme
    Lorsque fermente en nous la fièvre du désir !
    Lorsqu’on a, chaque nuit, dans le trouble du rêve,
    Le baiser qui consent, le « oui » d’un oeil fermé,
    L’adorable inconnu des robes qu’on soulève,
    Le corps qui s’abandonne, immobile et pâmé,
    Et qu’en réalité la dame ne nous laisse
    Que l’espoir de surprendre un moment de faiblesse !

    Ma gorge était aride ; et des frissons ardents
    Me vinrent, qui faisaient s’entre-choquer mes dents,
    Une fureur d’esclave en révolte, et la joie
    De ma force pouvant saisir, comme une proie,.
    Cette femme orgueilleuse et calme, dont soudain
    Je ferais sangloter le tranquille dédain !

    Elle riait, moqueuse, effrontément jolie ;
    Son haleine faisait une fine vapeur
    Dont j’avais soif. Mon coeur bondit ; une folie
    Me prit. Je la saisis en mes bras. Elle eut peur,
    Se leva. J’enlaçai sa taille avec colère,
    Et je baisai, ployant sous moi son corps nerveux,
    Son oeil, son front, sa bouche humide et ses cheveux,

    La lune, triomphant, brillait de gaieté claire.

    Déjà je la prenais, impétueux et fort,
    Quand je fus repoussé par un suprême effort.
    Alors recommença notre lutte éperdue
    Près du mur qui semblait une toile tendue.
    Or, dans un brusque élan nous étant retournés,
    Nous vîmes un spectacle étonnant et comique.
    Traçant dans la clarté deux corps désordonnés,
    Nos ombres agitaient une étrange mimique,
    S’attirant, s’éloignant, s’étreignant tour à tour.
    Elles semblaient jouer quelque bouffonnerie,
    Avec des gestes fous de pantins en furie,
    Esquissant drôlement la charge de l’Amour.
    Elles se tortillaient, farces ou convulsives,
    Se heurtaient de la tête ainsi que des béliers ;
    Puis, redressant soudain leurs tailles excessives,
    Restaient fixes, debout comme deux grands piliers.
    Quelquefois, déployant quatre bras gigantesques,
    Elles se repoussaient, noires sur le mur blanc,
    Et, prises tout à coup de tendresses grotesques,
    Paraissaient se pâmer dans un baiser brûlant.

    La chose étant très gaie et très inattendue,
    Elle se mit à rire. – Et comment se fâcher,
    Se débattre et défendre aux lèvres d’approcher
    Lorsqu’on rit ? Un instant de gravité perdue
    Plus qu’un coeur embrasé peut sauver un amant !

    Le rossignol chantait dans son arbre. La lune
    Du fond du ciel serein recherchait vainement
    Nos deux ombres au mur et n’en voyait plus qu’une.

    Guy de Maupassant, Des vers

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  • Le pouvoir d’un amant

    Le pouvoir d’un amant..........Adélaïde Dufrénoy

    J’aime tout dans l’objet de ma fidèle ardeur,
    Le génie et le caractère ;
    J’aime son regard enchanteur,
    Son souris malin et flatteur,
    Et son humeur grave et légère.
    J’aime son esprit juste et fin ;
    J’aime encor les jaloux caprices
    Qui lui font haïr le matin
    Ce qui le soir fait ses délices ;
    J’aime son air noble et lutin.
    J’aime le pouvoir despotique
    Que son cœur orgueilleux exerce sur le mien ;
    Ses éloges adroits, son adroite critique,
    Me font chérir son entretien.
    Il n’a que plus de grâce alors qu’il est coupable :
    En vain se défend-on de vivre sous sa loi,
    On l’adore en dépit de soi ;
    Nul n’a plus de défaut, et nul n’est plus aimable.
    S’il est parfois un peu trompeur,
    Il sait par tant d’amour expier tant d’alarmes
    Qu’aux pleurs qu’il fait répandre on trouve encor des charmes.
    Son tendre repentir donne encor le bonheur.
    Sa flamme maintenant à la mienne est égale ;
    Mais, s’il pouvait changer un jour,
    Il me ferait, je crois, lui pardonner l’amour
    Qu’il sentirait pour ma rivale.

    Adélaïde Dufrénoy

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