• Courrières

    Courrières......Jules Breton

    Lorsqu’à travers ta brume, ô plaine de Courrière,
    L’ombre monte au clocher dans l’or bruni du soir,
    Que s’inclinent tes blés comme pour la prière,
    Et que ton marais fume, immobile encensoir ;

    Quand reviennent des bords fleuris de ta rivière,
    Portant le linge frais qu’a blanchi le lavoir,
    Tes filles le front ceint d’un nimbe de lumière,
    Je n’imagine rien de plus charmant à voir.

    D’autres courent bien loin pour trouver des merveilles ;
    Laissons-les s’agiter : dans leurs fiévreuses veilles,
    Ils ne sentiraient pas ta tranquille beauté.

    Tu suffis à mon cœur, toi qui vis mes grands-pères,
    Lorsqu’ils passaient joyeux, en leurs heures prospères,
    Sur ces mêmes chemins, aux mêmes soirs d’été.

    Jules Breton, Les champs et la mer

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  • L’arbre

    L’arbre.....Emile Verhaeren..

    Tout seul,
    Que le berce l’été, que l’agite l’hiver,
    Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
    Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,
    Il impose sa vie énorme et souveraine
    Aux plaines.

    Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
    Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;
    Les yeux aujourd’hui morts, les yeux
    Des aïeules et des aïeux
    Ont regardé, maille après maille,
    Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
    Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ;
    Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;
    Il abritait leur sieste à l’heure de midi
    Et son ombre fut douce
    A ceux de leurs enfants qui s’aimèrent jadis.

    Dès le matin, dans les villages,
    D’après qu’il chante ou pleure, on augure du temps ;
    Il est dans le secret des violents nuages
    Et du soleil qui boude aux horizons latents ;
    Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
    Mais quels que soient les souvenirs
    Qui, dans son bois, persistent,
    Dès que janvier vient de finir
    Et que la sève, en son vieux tronc, s’épanche,
    Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
    – Lèvres folles et bras tordus –
    Il jette un cri immensément tendu
    Vers l’avenir.

    Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
    Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
    Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;
    Il assaille le ciel, d’un front toujours plus haut ;
    Il projette si loin ses poreuses racines
    Qu’il épuise la mare et les terres voisines
    Et que parfois il s’arrête, comme étonné
    De son travail muet, profond et acharné.

    Mais pour s’épanouir et régner dans sa force,
    Ô les luttes qu’il lui fallut subir, l’hiver !
    Glaives du vent à travers son écorce.
    Cris d’ouragan, rages de l’air,
    Givres pareils à quelque âpre limaille,
    Toute la haine et toute la bataille,
    Et les grêles de l’Est et les neiges du Nord,
    Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
    jusqu’à l’aubier, l’ample écheveau des fibres,
    Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
    Sans que jamais pourtant
    Un seul instant
    Se ralentît son énergie
    A fermement vouloir que sa vie élargie
    Fût plus belle, à chaque printemps.

    En octobre, quand l’or triomphe en son feuillage,
    Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,
    Souvent ont dirigé leur long pèlerinage
    Vers cet arbre d’automne et de vent traversé.
    Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
    Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,
    Il semblait habité par un million d’âmes
    Qui doucement chantaient en son branchage creux.
    J’allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
    Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
    Je le sentais bouger jusqu’au fond de la terre
    D’après un mouvement énorme et surhumain ;
    Et J’appuyais sur lui ma poitrine brutale,
    Avec un tel amour, une telle ferveur,
    Que son rythme profond et sa force totale
    Passaient en moi et pénétraient jusqu’à mon coeur.

    Alors, j’étais mêlé à sa belle vie ample ;
    Je me sentais puissant comme un de ses rameaux ;
    Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple ;
    J’aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,
    La plaine immense et nue où les nuages passent ;
    J’étais armé de fermeté contre le sort,
    Mes bras auraient voulu tenir en eux l’espace ;

    Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps
    Et je criais :  » La force est sainte.
    Il faut que l’homme imprime son empreinte
    Tranquillement, sur ses desseins hardis :
    Elle est celle qui tient les clefs des paradis
    Et dont le large poing en fait tourner les portes « .
    Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
    Et quand le soir se détachait du firmament,
    je me perdais, dans la campagne morte,
    Marchant droit devant moi, vers n’importe où,
    Avec des cris jaillis du fond de mon coeur fou.

    Emile Verhaeren

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  • Le chat sous la fenêtre

    Le chat sous la fenêtre..........Elodie Santos.

    Le chat sous la fenêtre
    soulève sa petite patte
    pour pouvoir sortir
    et ses yeux grands ouverts
    qui cherchent des regards
    pour qu’il puisse l’ouvrir

    Le chat sous la fenêtre
    tapote doucement
    avec son coussinet
    sur quelques marguerites
    qui se reflètent sur la vitre
    derrière une ombre bleutée

    Le chat sous la fenêtre
    observe les oiseaux,
    et d’un coup sec
    s’envole dans le ciel
    pour attraper le papillon
    qui a pu s’échapper

    La chat sous la fenêtre
    d’un coup a disparu

    Alors je regarde une corbeille de cerises
    posée sur le vieux banc cassé
    La petite patte n’est plus là
    Le papillon vole un peu plus loin
    J’entends le son du beau ruisseau qui coule au pied de ma maison
    il n’y a plus qu’un grand rayon de soleil
    qui traverse la fenêtre
    Et c’est bientôt l’été

    Elodie Santos, 2006

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  • Les Soleils de Juillet

    Les Soleils de Juillet......Auguste Lacaussade

    A ELLE

    Les voici revenus, les jours que vous aimez,
    Les longs jours bleus et clairs sous des cieux sans nuage.
    La vallée est en fleur, et les bois embaumés
    Ouvrent sur les gazons leur balsamique ombrage.
    Tandis que le soleil, roi du splendide été,
    Verse tranquillement sa puissante clarté,
    Au pied de ce grand chêne aux ramures superbes,
    Amie, asseyons-nous dans la fraîcheur des herbes ;
    Et là, nos longs regards perdus au bord des cieux,
    Allant des prés fleuris dans l’éther spacieux,
    Ensemble contemplons ces beaux coteaux, ces plaines
    Où les vents de midi, sous leurs lentes haleines,
    Font des blés mûrissants ondoyer les moissons.
    Avec moi contemplez ces calmes horizons,
    Ce transparent azur que la noire hirondelle
    Emplit de cris joyeux et franchit d’un coup d’aile ;
    Et là-bas ces grands bœufs ruminants et couchés,
    Et plus loin ces hameaux d’où montent les clochers,
    Et ce château désert, ces croulantes tourelles,
    Qu’animent de leur vol les blanches tourterelles,
    Et ce fleuve paisible au nonchalant détour,
    Et ces ravins ombreux, frais abris du pâtour,
    Et tout ce paysage, heureux et pacifique,
    Où s’épanche à flots d’or un soleil magnifique !…

    O soleils de juillet ! ô lumière ! ô splendeurs !
    Radieux firmament ! sereines profondeurs !
    Mois puissants qui versez tant de sèves brûlantes
    Dans les veines de l’homme et les veines des plantes,
    Mois créateurs ! beaux mois ! je vous aime et bénis.
    Par vous les bois chargés de feuilles et de nids,
    S’emplissent de chansons, de tiédeurs et d’arômes.
    Les arbres, dans l’azur ouvrant leurs larges dômes,
    Balancent sur nos fronts avec l’encens des fleurs
    Les voix de la fauvette et des merles siffleurs.
    Tout est heureux, tout chante, ô saison radieuse !
    Car tout aspire et boit ta flamme glorieuse.
    Par toi nous vient la vie, et ta chaude clarté
    Mûrit pour le bonheur et pour la volupté
    La vierge, cette fleur divine et qui s’ignore.
    Dans les vallons d’Éden, sereine et pure encore,
    Sous tes rayons rêvant son rêve maternel,
    A l’ombre des palmiers Ève connût Abel.
    Abel dans ses enfants en garde souvenance.
    Aussi, quand brûle au ciel ta féconde puissance,
    O mère des longs jours ! lumineuse saison !
    Oubliant tout, Caïn, l’ombre, la trahison,
    La race enfant d’Abel, fille de la lumière,
    Race aimante et fidèle à sa bonté première,
    Avec l’onde et la fleur, avec le rossignol,
    Ce qui chante dans l’air ou fleurit sur le sol,
    S’en va disant partout devant ta clarté blonde :
    « Combien tous les bons cœurs sont heureux d’être au monde ! »

    Et moi, je suis des leurs ! Épris d’azur et d’air,
    Quand ton astre me luit dans le firmament clair,
    Avant midi j’accours, sous l’arbre où tu m’accueilles,
    Saluer en plein bois la jeunesse des feuilles !
    Là, dans l’herbe caché, seul avec mes pensers,
    J’ai bien vite oublié les mauvais jours passés.
    Sous les rameaux lustrés où ta clarté ruisselle,
    Je bois en paix ma part de vie universelle.
    Les sens enveloppés de tes tièdes réseaux,
    J’écoute autour de moi mes frères les oiseaux ;
    Avec l’herbe et l’insecte, avec l’onde et la brise,
    Sympathique rêveur, mon esprit fraternise.
    Voilé d’ombre dorée et les yeux entr’ouverts,
    L’âme pleine d’accords, je médite des vers.
    Mais si, comme aujourd’hui, ma pâle bien-aimée
    M’a voulu suivre au bois, sous la haute ramée,
    Si ma charmante amie aux regards veloutés
    A voulu tout un jour, pensive à mes côtés,
    Oubliant et la ville et la vie et nos chaînes,
    Boire avec moi la paix qui tombe des grands chênes ;
    Sur les mousses assis, mon front sur ses genoux,
    Plongeant mes longs regards dans ses regards si doux,
    Ah ! je ne rêve plus de vers !… Sous son sourire
    Chante au fond de mon âme une ineffable lyre ;
    Et des arbres, des fleurs, des grâces de l’été,
    Mon œil ne voit, mon cœur ne sent que sa beauté !
    Et dans ses noirs cheveux glissant un doigt timide,
    J’y pose en frémissant quelque beau lys humide ;
    Et, muet à ses pieds, et sa main sur ma main,
    J’effeuille vaguement des tiges de jasmin ;
    Et leur vive senteur m’enivre, et sur notre âme
    Comme un vent tiède passe une haleine de flamme !…

    O flammes de juillet ! soleils de volupté !
    Saveur des baisers pris dans le bois écarté !
    O chevelure moite et sous des mains aimées
    S’épandant sur mon front en grappes parfumées !
    Des fleurs sous la forêt pénétrante senteur,
    Arbres de feux baignés, heures de molle ardeur,
    Heures où sur notre âme, ivre de solitude,
    Le calme des grands bois règne avec plénitude ;
    Tranquillité de l’air, soupirs mystérieux,
    Dialogue muet des yeux parlant aux yeux ;
    Longs silences coupés de paroles plus douces
    Que les murmures frais de l’eau parmi les mousses ;
    O souvenirs cueillis au pied des chênes verts,
    Vous vivez dans mon cœur. Vous vivrez dans mes vers !

    Auguste Lacaussade, Poèmes et Paysages

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  • Oiseau de Printemps

    Oiseau de Printemps.......Elodie Santos.

    Joli Chardonneret tu es sorti de l’ombre
    Posé sur la rembarde pour venir me chanter
    Une ode à la Nature, au Soleil, au Printemps
    Tu es venu me dire que l’Amour est devant

    Saute, vrille, vole
    Et mange toutes les graines que je t’ai données
    Reviens sur mon balcon, recommence ton chant
    Qui m’envahit toute entière
    Ces matins des beaux jours

    Joli Chardonneret je te veux sur ma route
    dans ma jolie campagne
    au pied de mon balcon

    Elodie Santos, 2009

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  • Promenade bleu caillou

    Promenade bleu caillou.........Elodie Santos.

    Les pierres craquent sous les semelles
    L’herbe transpire ce matin
    Un beau soleil de printemps éclate au firmament
    Sous ce ciel bleu, on perçoit la couleur du vent

    Au pied de la colline va s’élevant un chemin près d’un étang
    Les cyprès dansent à l’horizon au dessus des vignes et des blés

    On entend un petit bruit de moteur tout juste près, tout juste doux
    Une petite fourgonette passe, c’est le marchand du village d’à côté

    On marche sur un mur de pierres, un petit pont est devant nous
    Dessous passe une rivière, couleur de pluie, souffle d’antan

    Cette promenade bleu caillou, couleur d’amour, je l’aime tant
    c’est pour moi tout ce qu’il y a de plus pur et de plus beau dans cette vie
    Couleur d’argent

    Elodie Santos, 2006

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  • Vieux Jardins

    Vieux Jardins......Jules Breton

    Qui n’aime ces jardins des humbles dont les haies
    Sont de neige au printemps, puis s’empourprent de baies
    Que visite le merle à l’arrière-saison ;
    Où dort, couvert de mousse, un vieux pan de maison
    Qu’une vigne gaîment couronne de sa frise,
    Sous la fenêtre étroite et que le temps irise ;
    Où des touffes de buis d’âge immémorial
    Répandent leur parfum austère et cordial ;
    Où la vieillesse rend les groseilliers avares ;
    Jardinets mesurant à peine quelques ares,
    Mais si pleins de verdeurs et de destructions
    Qu’on y suivrait le fil des générations;
    Où près du tronc caduc et pourri qu’un ver fouille,
    Les cheveux allumés, l’enfant vermeil gazouille ;
    Où vers le banc verdi les bons vieillards tremblants
    Viennent, sur leur béquille appuyant leurs pas lents
    Et gardant la gaîté, – car leur âme presbyte
    Voit mieux les beaux lointains que la lumière habite, –
    D’un regard déjà lourd de l’éternel sommeil,
    Tout doucement sourire à leur dernier soleil ?

    Jules Breton, Jeanne Chant VI

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