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  • Femmes

    Femmes....................

    Au pied de montagnes austères fécondes en fleuves jaunes et pourpres,  
    A l'orée des déserts immortels aux lumières magiques,  
    Il est des lieux où nous ne pouvons être.  
    Et nous y sommes par milliers ! Mais invisibles et séquestrées,  
    Scellées sous la garde de portes en bois ornementés,  
    Remisées sous des treilles enluminées d'inviolables verrous.  

     

    Et dans les rues et sur les routes nous y sommes aussi,  
    Suant la peine et le silence sous le tissu sans grâce  
    Qui arrête le vent et l'air en amont de nos corps pâles.  
    Nous sommes, oui ! Présentes et inavouées en ces lieux d'hommes  
    Et les larmes de nos mères ont creusé des lits  
    Où coulent, amères, les hontes et les peurs de nos âmes sans visages.  

     

    Qui voit ? Qui sait notre existence en deçà des regards qui nous fuient ?  
    Qui entend le glissement des perles de sang qui nous enchaînent ?  
    Nul ne pénètre dans les geôles de nos vies.  
    Et tous, guetteurs iniques de nos vertus et de nos vices,   
    Se meuvent au rythme du désir de nous tenir sous eux,  
    Tous sombrent en des folies stériles à rêver en vain du don de notre altérité  
    Quand ils dépècent nos cœurs et nos chairs   
    Dans l'étau de leur puissance.  

     

    Couvrez de cendre la chevelure secrète de boucles rebelles !  
    Brisez la vague libre d'une main levée dans l'aube claire !  
    Aucun espace ne s'ouvrira sous la poussée sanglante de nos souffrances !  
    Nos filles naîtront dans la misère de notre souffle enchaîné,  
    Elles maudiront nos ventres déjà honnis  
    Comme nous avons crié (mais au cœur de quel silence !)  
    Quand nous avons appris quels voiles de plomb allaient sceller nos vies.  

     

    Nos bouches resteront muettes sous nos mains en coupe  
    Quand nous goûterons aux fruits brûlants des rêves libres !  
    Nos yeux seront de pierre sous les aubes sinistres  
    Quand l'ivresse de l'espoir ébranlera nos marches !  
    Mais où ? Mais quand poserons-nous la laine poisse qui nous brise ?  
    Et nos corps nus et magnifiques,  
    Qui saura lire en leur mémoire ardente le malheur ?  

     

    Au feu, nos loques puantes verrouillées sur nos galbes d'amour !  
    Au feu les marqueteries tyranniques qui ferment nos maisons !  
    Que les fleuves en crue lavent nos villes  
    De la flétrissure séculaire qui attache nos pas !  
    Que des laves impétueuses passent leurs langues irradiées  
    Sur la souillure concupiscente du regard de nos geôliers !  

     

    Alors nous renaîtrons dans le crépuscule d'un jour juste  
    Et une nuit limpide lavera nos visages clairs.  
    Nous boirons les sources glacées qui sourdent des lendemains apaisés;  
    Sur nos cœurs fleuriront les pétales de la liberté;  
    Chantez femmes et filles des terres bannies !  
    Nous porterons au loin le fardeau de nos peines opaques !  
    Nous meurtrirons nos lèvres aux baisers des corps ressuscités  
    Et de nos seins couleront des laits au parfum de cannelle.  

     

    Leila ZHOUR

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  • Le Vélo sur la route du Bonheur

    Quelle merveilleuse invention que le vélo !

    Elle n’est jamais la même la route du plateau

    où je pédale au rythme de mon cœur.

    J’y déguste l’instant, l’instant de bonheur

    qui lave mon cerveau.

    Je veux avoir la confiance de l’oiseau

    et je pense.

    Légère est ma conscience

    quand je passe devant le jaune éclatant

    d’un soleil solitaire

    et que je sens couler en moi le sang

    des forces de la terre

    et des forces de l’eau.

    Légère est ma conscience

    lorsque je remplis mes yeux

    du bleu lumineux

    des chicorées de l’été

    du rose des centaurées

    et des taches rouges des coquelicots.

    Légère est ma conscience

    le long de la route grise

    qui mène au village

    quand la douce brise

    me lèche le visage

    et caresse ma peau.

    Légère est ma conscience

    en roulant dans la forêt verte

    où je souris à la flûte alerte et jolie

    d’un oiseau.

    Légère est ma conscience

    quand je respire les parfums enivrants de l'été

    ceux du tilleul et de la reine des prés

    du chèvrefeuille blanc

    et les senteurs de blé chaud.

    Légère est ma conscience

    et grande ma joie de l’effort accompli

    en haut d’une côte un peu dure

    quand je sens mes poumons remplis d’air pur

    et mes mollets raidis

    et que je sais ce qui est beau.

    Puis lorsque mon vélo prend de la vitesse

    je comprends la sagesse

    des grands arbres balançant

    leurs feuillages sous le vent

    Leurs regards tournés vers le haut.

     

     Blanche Drevet.

     

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  • Le fleuve

    Laissons-nous emporter par le fleuve des choses ;
    Laissons tourner les ans et s’effeuiller les roses !

    L’Immensité profonde est belle à regarder,
    Qu’elle soit l’océan ou l’éther bleu plein d’astres ;
    Mais le chemin des cieux est couvert de désastres,
    Et la mer a des puits que l’on ne peut sonder.

    Laissons-nous emporter par le fleuve des choses ;
    Laissons tourner les ans et s’effeuiller les roses !

    Les sublimes douleurs sont belles à chanter,
    Lorsque d’un noble but l’âme noble est éprise ;
    Mais, sous l’effort des doigts, souvent le luth se brise,
    Et malheur au chanteur forcé de s’arrêter !

    Laissons-nous emporter par le fleuve des choses ;
    Laissons tourner les ans et s’effeuiller les roses !

    La palme de la gloire est belle à désirer ;
    Mais la cime est abrupte où son laurier se dresse,
    Et malheur au rêveur, sans force ou sans adresse ;
    Il glisse, et sur les rocs il se va déchirer !

    Laissons-nous emporter par le fleuve des choses ;
    Laissons tourner les ans et s’effeuiller les roses !

    La Lyre a son orgueil ; la Science a son prix ;
    Mais votre amour vaut mieux, ô ma Mère, ô mon Père :
    C’est par vous que je crois, c’est par vous que j’espère ;
    Dieu me restait obscur : par vous je l’ai compris !

    Laissons-nous emporter par le fleuve des choses ;
    Laissons tourner les ans et s’effeuiller les roses !

     

    Philéas Lebesgue.

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  • Le Printemps

    Dans les cieux que son orbe dore,
    Le soleil monte radieux;
    Sous ses rayons on voit éclore
    Tout un monde mystérieux.
    La nature s'éveille et chante
    Et s'emplit de tendres soupirs;
    Partout la feuille frémissante
    S'ouvre aux caresses des zéphirs.

    La rose se penche, vermeille,
    Tout auprès du lis embaumé,
    Et, sur le trèfle blanc, l'abeille,
    Vient puiser son miel parfumé.
    Près de la source qui murmure
    Sur son lit de cailloux brunis,
    On entend dans chaque ramure
    Le doux gazouillement des nids.

    C'est le printemps, c'est la jeunesse,
    C'est le réveil de l'univers;
    C'est la mystérieuse ivresse
    Qui frémit sous les arbres verts :
    Et, puisqu'ici bas tout s'enivre,
    Les oiseaux,  les feuilles, les fleurs,
    Enfants, vous qui vous sentez vivre,
    A l'allégresse ouvrez vos cœurs.

    Napoléon Legendre 4_42.png

     

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  • LES DEUX AVENTURIERS ET LE TALISMAN

    LES DEUX AVENTURIERS ET LE TALISMAN............

    Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
    Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux.
                   Ce dieu n'a guère de rivaux ;
    J'en vois peu dans la fable, encor moins dans l'histoire.
    En voici pourtant un, que de vieux talismans
    Firent chercher fortune au pays des romans.
                   Il voyageait de compagnie.
    Son camarade et lui trouvèrent un poteau
                   Ayant au haut cet écriteau :
    Seigneur Aventurier, s'il te prend quelque envie
    De voir ce que n'a vu nul Chevalier errant,
                   Tu n'as qu'à passer ce torrent ;
    Puis, prenant dans tes bras un Éléphant de pierre
                   Que tu verras couché par terre,
    Le porter, d'une haleine, au sommet de ce mont
    Qui menace les cieux de son superbe front. "
    L'un des deux chevaliers saigna du nez. (1) Si l'onde
                   Est rapide autant que profonde,
    Dit-il, et supposé qu'on la puisse passer,
    Pourquoi de l'Éléphant s'aller embarrasser ?
                   Quelle ridicule entreprise !
    Le sage l'aura fait par tel art et de guise
    Qu'on le pourra porter peut-être quatre pas :
    Mais jusqu'au haut du mont, d'une haleine, il n'est pas
    Au pouvoir d'un mortel ; à moins que la figure
    Ne soit d'un Éléphant nain, pygmée, avorton,
                   Propre à mettre au bout d'un bâton :
    Auquel cas, où l'honneur d'une telle aventure ?
    On nous veut attraper dedans cette écriture ;
    Ce sera quelque énigme à tromper un enfant :
    C'est pourquoi je vous laisse avec votre Éléphant. "
    Le raisonneur parti, l'aventureux se lance,
                   Les yeux clos, à travers cette eau.
                   Ni profondeur ni violence
    Ne purent l'arrêter et selon l'écriteau
    Il vit son Éléphant couché sur l'autre rive.
    Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive,
    Rencontre une esplanade, et puis une cité.
    Un cri par l'Éléphant est aussitôt jeté :
                   Le peuple aussitôt sort en armes.
    Tout autre aventurier au bruit de ces alarmes
    Aurait fui. Celui-ci loin de tourner le dos
    Veut vendre au moins sa vie, et mourir en héros.
    Il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte
    Le proclamer Monarque au lieu de son Roi mort.
    Il ne se fit prier que de la bonne sorte,
    Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort.
    Sixte en disait autant quand on le fit Saint-Père : (2)
                   (Serait-ce bien une misère
                   Que d'être Pape ou d'être Roi ?)
    On reconnut bientôt son peu de bonne foi.
    Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.
    Le sage quelquefois fait bien d'exécuter
    Avant que de donner le temps à la sagesse
    D'envisager le fait, et sans la consulter.

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